20 ans… et chef d’orchestre

 

On pourrait commencer en évoquant sa féminité. Se demander si on écrit alors le mot chef au masculin ou si on en fait une « cheffe ». Entre discussions sur l’évolution de notre grammaire et la présence timide des femmes à la direction des orchestres, nous pourrions entasser les questions. De là à obtenir des réponses…

On pourrait aussi gloser sur ses 20 ans, se demander si c’est trop tôt, ou pas. L’âge, ce n’est pourtant ni l’envie, ni l’intuition, ni la maturité. L’âge ne serait alors pour un chef d’orchestre que la possibilité d’exhiber la liste de ses concerts comme un colonel le fait de ses médailles. Car le chef d’orchestre c’est aussi, et surtout, celui qui sent et ressent la musique pour la modeler et faire frissonner. L’âge n’est donc qu’une simple question à laquelle nous répondrons à la manière d’un officier de l’état civil : Jeanne Cousin a 20 ans. 

Je préfère vous parler de la vocation de cette jeune violoniste pour qui la pratique de l’instrument ne suffisait déjà plus. C’est que Jeanne, chef d’orchestre de l’Ensemble Gang Flow, aime la musique et la littérature. Etrange ? Pas le moins du monde. Les mots qui se mêlent à la musique, n’est-ce pas l’opéra ? Les rythmes et la métrique poétiques n’ont-ils pas inspiré les compositeurs depuis l’antiquité ? Pensons à Debussy et à bien d’autres.

Lors d’une entrevue de travail au Café Carette, Place du Trocadéro à Paris, la voilà qui soudain s’anime. Tel arrangement ? Oh mais non… “Ce n’est pas comme cela que Debussy a écrit la partition”. Jeanne est précise. Elle travaille son sujet et sait faire la part juste entre l’impérieuse nécessité de respecter la volonté du compositeur et celle de communiquer sa propre sensibilité.

Voilà. 20 ans. Chef d’orchestre. Et bien des années devant elle.

(Crédit photo : Anne-Sandrine Di Girolamo, toute reproduction ou diffusion interdite).