La paix des pianos

C’est une histoire qui a trait à la grande histoire. Grande histoire ? Oh pas si grande ! Juste glaçante. Mais bon, « grande guerre » et « grande histoire » sont des expressions consacrées. Alors va !

Le piano mobilisé

1914-1918. Partout en Europe, des musiciens composent. Avec la boue, le sang et la peur. La musique dans tout cela ? Pour certains (Déodat de Séverac), c’est un étrange combat que celui de la vie d’avant qu’on tente de laisser survivre dans des pièces oniriques : on s’évade, on imagine, on rêve. Pour d’autres (Jacques Ibert, Jean Huré), c’est l’engouffrement du présent noir dans la musique : les pièces sont torturées.

Les éditions HORTUS ont travaillé pendant plusieurs années à la production d’une collection discographique en hommage aux musiciens de cette « grande » guerre. Mais écrire cela, c’est ne rien dire. Cette collection en effet, portée par Philippe d’Anchald, directeur artistique et fin connaisseur de la période, fait surgir du passé des partitions méconnues, inédites ou tirées de collections personnelles. Non seulement la guerre a englouti la vie mais elle aussi étouffé, dans les tiroirs des familles, des trésors de la musique.

Amaury Breyne au piano, Pierre Pouillaude à la flûte, Yasmine Hammani au violon sont les interprètes de deux volumes de cette collection : « Dans les services de santé – Le piano mobilisé » et « Catharsis ».

« Ouaouh !!!! Mais quel ADN traine-t-il donc sur ce piano » ?

L’aventure Hortus c’est aussi, et parmi mille histoires, la rencontre d’un pianiste avec un piano d’exception. Amaury Breyne souhaitait enregistrer l’opus sur un piano de l’époque, un piano qui « avait vécu la guerre ».

Piano Amaury BN square
Le Steinway de 1906 prêté par la maison MAENE

La maison MAENE et son showroom de Ruiselde ont alors offert à Amaury une bien jolie rencontre. Un showroom qu’on visite, à la recherche du compagnon parfait d’enregistrement. Un piano, puis l’autre… puis l’étage avec ses pianos anciens : Erard, Gaveau, Pleyel. Tout d’un coup un Steinway de 1906. Piano officiel à la Cour de Belgique durant une bonne partie du vingtième siècle. Joué par Rubinstein et Richter. Dommage que vous ne puissiez entendre le pianiste raconter sa rencontre avec ce vieux piano. Il vous reste à l’écouter ! Car oui, c’est bien ce piano qui sonne comme aucun autre piano sur l’opus XXIII de la collection.

Novembre 2018,  le piano toujours là. La folie aussi.

Des compositeurs aux prises avec les désastres de leur époque. Des partitions retrouvées et pour certaines jouées pour la première fois. Des instruments d’exception. L’aventure HORTUS ne fait pas oeuvre de mémoire, mais bien plutôt oeuvre de conscience. Quand les esprits s’échauffent, c’est la laideur qui prend le pas sur la vie. 

Les artistes (Amaury Breyne, Pierre Pouillaude, Jérôme Bigo) se sont produits le 23 novembre 2018 pour un concert prenant et émouvant, mis en image ici par le photographe Didier Péron.

Ils le feront à nouveau très vite, dans de très belles salles françaises. 

 

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Crédit photo : Carlos Castilla pour Shutterstock