Ne me refusez pas, je vous en prie !

La femme fatale, en musique et en toutes lettres

Le mythe de la femme fatale a l’âge d’une très très vieille dame.

Vous laisser conter Hérodiade ou Salomé ? Le coeur ne vous en dira rien. Ou presque. Une histoire datée du 1er siècle, allons bon. De vieilles histoires, n’est-ce pas ? Et des sources bibliques pour ne rien arranger. Et pourtant, cette histoire là est un sacré succès de librairie et de théâtre.

Salomé et Hérodiade, l’incroyable succès du mythe de la femme fatale au 19e siècle

En 1841, parait l’Atta Troll de Heine, poème en langue allemande traduit en français en 1847. Oh ce n’est pas la première fois que l’histoire d’Hérodiade et de sa fille Salomé est reprise ! Mais c’est là le point de départ d’une véritable frénésie du monde des arts autour du thème de la femme fatale, dans une époque fascinée par l’orientalisme et l’exotisme.

Statue grise
Crédit photo : Eugene Ivanov, pour Shutterstock

C’est que la performance très érotisée de l’envoutante princesse coupeuse de tête (celle de Saint Jean-Baptiste) devient un thème obsédant qui conduit à un foisonnement inégalé en littérature, en peinture et en musique.

Les lettres d’abord…

  • 1862, Salambô (Flaubert)
  • 1874, Les princesses (Théodore de Banville)
  • 1875, L’apparition (Toile de Gustave Moreau), chef d’oeuvre présenté au Salon en 1877)
  • 1877, Hérodias (Trois contes) (Flaubert)
  • 1884, A rebours (Huysmans) décrit la peinture de Gustave Moreau sur le thème de Salomé
  • 1887, Hérodiade, Poème inachevé (Mallarmé)
  • 1891, Salomé, (Oscar Wilde)

Hérodiade et Salomé, mère et fille, sont souvent confondues. Quel incroyable succès ! Ni Hélène de Troie, ni Dalila, ni Lucrèce Borgia n’ont reçu de tels honneurs. Elles n’étaient pourtant pas à mettre au placard des saintes vierges non plus. Et encore, où est donc la musique ?

19 décembre 1881, première d’Hérodiade au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles

La voilà la musique. Elle nous est offerte par Jules Massenet. Un opéra dont le livret écrit par Paul Milliet et Henri Grémont est directement inspiré du conte de Flaubert, Hérodias.

On nous demanderait de choisir un seul mouvement, cela serait sans hésitation celui de l’acte 1 lorsque Hérodiade s’exclame : “Venge moi d’une suprême offense… Hérode ! Ne me refuse pas.” Cet air là hante notre international “You Tube”, et son “Ne me refuse pas” encore davantage. Il faut dire que Massenet l’a recyclé. Avec humour ou complètement hanté par son personnage, on ne sait.

Le 13 octobre 1881, notre compositeur invite Halanzier, ancien directeur de l’Opéra de Paris à la première, programmée le 19 décembre 1881 au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles. On vous laisse ici le plaisir de déchiffrer. Quelques lignes et voici un surprenant “Ne me refusez pas, je vous en prie”. Le compositeur joue avec les mots sans doute.

 

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13 octobre 1881, Lettre de Jules Massenet à Halanzier. Invitation à la première de son opéra “Hérodiade” fixée au 19 décembre 1881. Source Gallica.bnf.fr

L’Ensemble Gang Flow sera en concert public le 25 janvier 2019 au Musée La Piscine (Roubaix). Quelques extraits d’Hérodiade seront au programme de ce concert. Le mythe de la femme fatale aura alors pris une jolie tournure, parenthèse musicale, dans l’un des plus beaux musées de France.

Plus d’informations ici :

Un concert pour la ville de Roubaix, histoire

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Crédit photo : Shot Prime Studio, pour shutterstock