London Circa 1700 : Un disque, ce n’est pas qu’un enregistrement…

Le disque, la musique et ses histoires

Digipack 7 visuel recto-1“Un disque, ce n’est pas qu’un enregistrement”. Nous sommes à Orléans, chez Florence Bolton. Elle évoque le nouveau disque de son orchestre baroque La Rêveuse, sorti en janvier 2019.

Dès les premiers mots de Florence, vous passez le seuil d’un univers fait d’onirisme, de culture et de modernité à la fois. Quand Florence Bolton évoque “London Circa 1700“, vous êtes un musicien pris dans l’histoire européenne des arts et vous embarquez pour Londres, dans les années 1700.

Parce qu’un disque n’est pas qu’un enregistrement, il y a aussi les histoires dans l’histoire, les mots des écrivains et essayistes contemporains, les couleurs de la peinture. Tout un univers que Florence incarne avec délicatesse et rassemble dans un disque au rare pouvoir onirique.

Voici donc les histoires derrière l’histoire, les mots derrière la musique.

Circa 1700 : Londres découvre les plaisirs de la fête

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Charles II, Source : Gallica, Bibliothèque Nationale de France

1658, Cromwell meurt. C’est la fin de l’austérité et du puritanisme. A trépassé avec lui une république fermée et sévère pour laisser la place à Charles II et sa monarchie plus joyeuse.

De façon tout à fait triviale mais réaliste, on dira que le roi a des maîtresses dans tous les coins et des bâtards un peu partout. Sur un ton plus châtié, on rappellera que les londoniens, tout comme leur roi, découvrent les plaisirs de la fête.

Au-delà des images jetées à la hâte sur le papier, Londres passe d’une époque où la musique se joue chez soi (la musique de chambre porte bien son nom) à une période où les théâtres se remplissent, où les femmes vont librement au théâtre et où on commence à faire de l’argent avec la musique et donc à la faire vivre. La création musicale sort ainsi transformée de la mutation politique du pays.

London Circa 1700 : Purcell et sa génération de musiciens venus de l’étranger

Un disque c’est court. Alors comme un écrivain, le musicien fait ses recherches, tire le fil directeur de ses idées éparses, puis construit son programme. L’idée de ce disque, c’était de “montrer cette migration massive d’étrangers à Londres à cette époque”.

Londres aux anglais : Henry et Daniel Purcell, William Croft

Portrait_d'Henry_Purcell___reprod_[...]Walker_Emery_btv1b84238180_1Bien sûr, Henry Purcell ouvre et ferme le disque. Aîné de tous, il est le génie musical inégalé. Connaisseur immense de la musique, érudit de la musique du 17e siècle, il a copié des milliers de partitions et fait appel, pour ses sonates, à de très anciennes inspirations comme le compositeur Giovanni Battista Vitali plutôt que Corelli.

Daniel Purcell, le frère, figure aussi en bonne place sur ce disque. Pourquoi le choix de ce frère, petit frère de musique, talentueux sans être précurseur ni révolutionnaire ? Parce que Daniel, c’est un représentant parfait de la musique à cette époque. Il suit la mode… Moins hanté par la mort que son frère, moins torturé, il adopte la sonate, s’inscrit dans la lignée de Corelli et représente ainsi parfaitement les courants de la musique à Londres à cette époque, tout comme William Croft, le troisième anglais de ce disque. Peu connu mais… compositeur de sonates, le genre en vogue à l’époque.

Les étrangers établis à Londres : Draghi et Godfrey Finger

La Rêveuse souhaitait faire entendre la musique de compositeurs étrangers établis à Londres à cette époque. Corelli n’ayant pas vécu en Angleterre, le choix s’est porté plus naturellement sur l’italien Giovanni Battista Draghi et son trio sonata en sol mineur, sonate peu connue et restée manuscrite. Ce compositeur claveciniste et chef de chant vient à Londres à l’époque où Charles II essaie d’y acclimater l’opéra italien. Une époque étonnante et des histoires folles : les anglais découvrent les castrats… Ils s’étonnent, s’émeuvent mais partagent peu à peu avec les italiens la passion du chant virtuose.

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Jeune homme jouant du luth, Peter Lely (1618-1680). Source Gallica, Bibliothèque nationale de France

Une autre histoire dans l’histoire, celle de Godfrey Finger. Ce catholique arrive de Moravie pour tenter sa chance à Londres. Embauché à la chapelle de Jacques II d’Angleterre, il est un personnage à lui tout seul. Lui, le grand violiste de l’époque, constate la désaffection de  ses contemporains pour la viole. Qu’à cela ne tienne, il pratique la viole chez lui et fait du commerce grâce à la flûte à bec, le nouvel instrument venu de France et furieusement à la mode chez les musiciens amateurs. Le véritable Finger est dans sa musique de viole… La Rêveuse vous invite dans son univers secret.

London Circa 1700 vous enchantera de sa délicatesse

L’Ensemble La Rêveuse invite ses auditeurs à la rêverie. Il y a la musique bien sûr. Nous en avons parlé quelque peu ici. Il y a aussi la peinture et ce portrait de Peter Lely reproduit sur la pochette et qu’affectionne tout particulièrement Florence Bolton. Il y a enfin le livret, nourri des recherches et des lectures de Florence.

La musique, les mots et la peinture. Florence dit avoir besoin des images et des mots pour partager la musique qu’elle aime. Elle dit aussi qu’un répertoire ne doit pas être “servi” ni “déballé” comme cela. Pour être appréciée, la musique d’une époque doit donc être accompagnée et servie par les autres arts. Que vous soyez féru ou non de musique baroque, il est possible que ce disque London Circa 1700 vous enchante de sa délicatesse…

En voici un extrait :

L’Ensemble La Rêveuse vient de recevoir le prix “10 000 Volts” de la Fondation EDF dans la catégorie Inclusion sociale, au titre de sa tournée en OpéraBus. Il est encore en liste pour le VOTE DU PUBLIC, donc vous…. Vous pouvez soutenir cet orchestre en votant du 11 Janvier au 11 février et c’est très simpleVotez en cliquant ici !