Dans la forêt des violons, les guitares aussi…

Rencontre avec Andrea Terraneo, luthier à Cantù, Italie.

La musique est parfois une histoire personnelle. Elle est aussi, et souvent, une histoire d’objets. De beaux objets. Andrea Terraneo est luthier à Cantù, dans le Nord de l’Italie. De ses balades et randonnées dans le parc du Panevaggio, dans la forêt aux violons, naissent d’uniques guitares classiques.

Dans la « Cantina », le bois qui chante

Andrea Terraneo entretient avec le bois une relation passionnée. Concrète et physique. De ses longues randonnées dans le parc du Paneveggio, dans la région des Dolomites, exactement à cet endroit où le grand Stradivarius allait choisir lui-aussi ses bois, il revient chargé de trésors tout prêts à chanter un jour.

Il raconte avoir besoin de se promener dans ces forêts ancestrales. Choisir le bois, c’est aussi savoir où il est né, comment il grandit, entendre le vent qui souffle entre les troncs, connaître les essences qui grandissent à côté. Choisir le bois, c’est donc avant même de déterminer la résonance future, savoir qui est il. Comme on le ferait d’une personne.

A la recherche du pin rouge, dans le parc de Paneveggio, Italie

Le bel objet de musique, en l’occurrence la guitare classique, est donc au premier chef une essence d’exception et presque primitive, née sur des terres ancestrales, au milieu des rochers, sous la neige et le vent. La première rencontre du luthier avec l’instrument qu’il crée est celle d’un artisan avec un arbre.

Quel arbre ! Le pin rouge, si précieux. A son retour, Andrea le range soigneusement dans sa « cantina », cette petite partie de la maison italienne, comme une cave dans laquelle on stocke les denrées alimentaires. Chez lui, des troncs de l’essence précieuse, à l’abri de la lumière et de l’humidité excessive. Sa « cantina » qu’il visite comme d’autres le feraient d’un trésor.

Dans la solitude de l’atelier, l’objet précieux

Le bon moment arrive. Andrea remonte le bois de la « cantina » et commence à travailler. Une guitare classique, façonnée à l’ancienne, en observant de façon presque rituelle tous les gestes enseignés par son maître milanais, Mario Rubio. Le bon geste est précis et patient. Dans l’atelier, la solitude et cette radio qui crépite. 

Andrea fabrique une seule guitare par an. Cette année, le modèle est celui d’Herman Hauser (1937). Et il en faudra des heures…  de la précision, des proportions calculées au millimètre, des couches de vernis savamment préparées avec de la gomme naturelle qu’on fait fondre avec de l’alcool avant de laisser le tout reposer dans l’obscurité. Tiens à propos du vernis, bien sûr qu’il pourrait faire autrement. Mais non, le résultat ne serait pas à la hauteur. Son travail de luthier, c’est une histoire d’amour pour le produit artisanal. Unique et imparfaitement parfait. 

Andrea Terraneo, luthier à Cantù, Italie.