Trois Frères de l’Orage : Ne pas écouter cette musique, c’est la trahir une nouvelle fois

Trois Frères de l'Orage Quatuor Bela

Le Quatuor Béla signe un disque touchant et engagé chez Klarthe, Trois Frères de l’Orage, disponible le 19 avril 2019. 

Depuis sa création, le Quatuor Béla prête son coeur et sa virtuosité au répertoire aussi bien ancien que contemporain du quatuor à cordes.

Il excelle ici dans l’interprétation des notes vives et subtiles de trois compositeurs tchèques décédés dans les camps de la mort.

Des musiciens martyres de l’Holocauste sauvés de l’oubli

Cela s’est passé hier, ou il y a une éternité.

En 1986, Elie Wiesel vient de recevoir le Prix Nobel de la Paix. « Je me souviens : Cela s’est passé hier, ou il y a une éternité. Une jeune garçon juif découvre le Royaume de la Nuit. Je me souviens de sa stupéfaction. Je me souviens de son angoisse. Tout cela était arrivé si vite. Le ghetto. La déportation. Le wagon à bestiaux. L’autel ardent sur lequel l’histoire de notre peuple et le futur de l’humanité étaient voués au sacrifice. Je me souviens. Il a demandé à son père : « Cela peut-il être vrai ? Nous sommes au vingtième siècle, pas au Moyen-Age. Qui pourrait permettre de tels crimes ? Comment le monde pourrait-il garder le silence ? ».

Des talents morts riches de tant de possibilités

Le monde a gardé le silence sur les camps de la mort. Des millions d’hommes et de femmes ont péri. Parmi eux des compositeurs et des musiciens extraordinaires que des musicologues, comme par exemple l’italien Francesco Lotoro, sauvent de l’oubli.

Le travail est immense. Pour l’historien mais aussi pour chacun de nous. Elie Wiesel nous souffle la phrase qui suit… « Ne pas se souvenir que chaque moment de notre vie est un moment de grâce…. » et ne pas écouter l’oeuvre de ces talents morts riches de tant de possibilités, « c’est sans aucun doute les trahir une nouvelle fois ».

Quatuor Béla
Quatuor Béla, Crédit photo : Jean-Luis Fernandez

Une musique aux accents expressionnistes envoutants

Erwin Schulhoff, Pavel Haas et Hans Krasa

Ecoutons donc Trois Frères de l’Orage : Erwin Schulhoff, Pavel Haas et Hans Krasa, trois compositeurs tchèques décédés entre 1942 et 1944 dans les camps de la mort. Mais arrêtons là notre évocation des camps car ils avaient le talent suffisant pour nous fasciner, au-delà même de leur destin tragique.

Erwin Schulhoff, Pavel Haas et Hans Krasa font partie de la génération des musiciens des années 1920 et 1930. Ils sont parmi les premiers musiciens « classiques » à s’ouvrir au jazz et le dadaïsme instille en eux un amour fort pour la liberté et la créativité sous toutes ses manifestations. 

Des notes vives et subtiles

Dès les premières notes du Quatuor à Cordes n°1 du prodige Erwin Schulhoff, composé en 1924, on est emporté par la rythmique très expressive de la partition. Les motifs du troisième mouvement, Allegro giocoso alla Slovacca, sont moins folkloriques qu’ensorcelants. Le tout réuni et apaisé dans le raffinement du quatrième mouvement obtenu par des jeux avec sourdine, au chevalet, avec le bois de l’archet. 

Evoquons également le très beau Quatuor n°2, opus 7 de Pavel Haas « Des montages du singe » composé en 1925. Ce sont les vacances d’été aux monts Vysocina en Bohême-Moravie d’un jeune homme…Entre intimité et exubérances, c’est l’insouciance faite musique.

Les talentueux interprètes de Trois Frères de l’Orage invitent au dialogue avec ces « printemps foudroyés » comme les appelle Jean-Marie Rouart.

Hommage magnifique. 


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