Ni trop ni trop peu : Mi-Sa Yang et Jonas Vitaud excellent

Un disque Mirare, c’est la promesse d’un programme raffiné et d’un enregistrement très soigné. 

Celui enregistré par Mi-Sa Yang (violon) et Jonas Vitaud (piano), sous la conception et le suivi artistique de René Martin, François-René Martin et de Christian Meyrignac, n’échappe pas à la règle et fait mieux encore… De leur jeu fin et subtil, les deux interprètes éveillent notre curiosité pour un Mozart des jours incertains, parti à la recherche d’un nouveau poste. 

Ces sonates pour piano et violon de Mozart sont disponibles depuis le 26 avril 2019.


Sonates pour Piano et Violon ? Prodigieux Mozart

L’histoire racontée en filigrane de la musique est intéressante. Mozart, pianiste prodige ? Bien sûr. Mais encore… organiste, altiste et violoniste. Léopold, son père, est violoniste à la cour du prince-archevêque de Salzbourg. Même s’il préfère le clavier, le jeune Mozart rejoint son père en 1771 au sein de l’orchestre archiépiscopal en qualité de violoniste.

1772 est une année de transition pour Wolfgang. Hieronymus von Colloredo est élu et les tournées père et fils deviennent plus difficiles. Wolfgang cherche alors un nouveau poste en 1777 et 1778 en Allemagne puis à Paris.

C’est au cours de ce voyage en 1777 et 1778 que Mozart compose un ensemble de six sonates pour piano et violon. (K301 à 306). Certaines de ses lettres révèlent son pessimisme : « Je me porte, Dieu merci, tout à fait passablement. et pourtant je ne trouve souvent aux choses ni rime ni raison. Fait-il froid ? Fait-il chaud ? Je n’ai de vraie joie à rien. Ce qui me ranime surtout et maintient ma bonne humeur, c’est la pensée que vous, mon papa chéri et ma chère soeur, vous vous portez bien, que je suis un honnête Allemand, et que , si je ne puis toujours parler, je puis du moins penser comme je veux. (Mozart, 29 mai 1778). 

Echec de la recherche, retour à Salzbourg… Plus tard, un second groupe de six sonates est composé (K296, K376 à K380) : un ensemble lié à la rupture tout à fait définitive avec Colloredo en 1781. Mozart s’installe à Vienne et écrit en mai 1781 : « …car aujourd’hui commence mon bonheur ». Il a préféré la liberté nécessaire à la création plutôt que la soumission au Prince. Une première dans l’histoire de la musique. 

Mi-Sa Yang et Jonas Vitaud : Piano et Violon en parfait équilibre

Les sonates pour piano et violon sont donc une histoire en elles-mêmes. Destinées, en effet, à être publiées pour être ensuite vendues aux amateurs viennois (il faut bien vivre quand on est libre), ces oeuvres n’ont donc pas été composées à l’époque pour être jouées en public par des musiciens professionnels. Elles obéissent aux règles d’un certain genre. Mais, Wolfgang étant Mozart, elles dépassent évidemment le genre, ne serait-ce que par l’équilibre et l’égalité entre le piano et le violon.

Equilibre, égalité entre le piano et le violon. C’est une question de créativité pour Mozart et de talent pour Jonas Vitaud et Mi-Sa Yang. De leur évidente complicité musicale et humaine se forment la maîtrise et un art consommé de la tempérance. Piano et violon dialoguent et s’interpellent en toute maturité. Ensemble, ils vantent la virtuosité toute humble de leurs jeunes maîtres. C’est que nos deux musiciens excellent d’une seule voix dans le très difficile exercice du ni trop ni trop peu…

Magnifiquement enregistré à l’Abbaye-école de Sorèze, ce disque Mirare est disponible depuis le 26 avril 2019. Quant à Jonas Vitaud et Mi-Sa Yang, ils seront en concert à l’Institut français (Londres) le 27 juin 2019 puis à Flagey (Bruxelles) le 28 juin 2019 à 20h. 

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