Alexander Shelley à la direction pour l’épreuve finale du CMIM

Voilà, nous y sommes presque… Le 29 mai 2019, s’ouvrira la dix-septième édition du Concours de Musique International de Montréal. C’est dans ce cadre que le chef britannique Alexander Shelley fera ses débuts avec l’Orchestre Symphonique de Montréal.

Une édition 2019 du concours consacrée au violon, qui offre aux candidats finalistes, comme chaque année, la chance d’être accompagné de l’Orchestre Symphonique de Montréal et de bénéficier de bien des opportunités. 

Cette année, les épreuves finales se tiendront les 4 et 5 juin. Alexander Shelley, chef invité du concours, est directeur musical depuis septembre 2015 du prestigieux Orchestre du Centre National des Arts du Canada, basé à Ottawa. Un chef connu pour son charisme…


Quel doit être le rôle du chef d’orchestre dans un contexte de concours international ? Comment Alexander Shelley envisage-t-il ce rôle si particulier ?

Ses réponses sont emplies d’humanité et de douceur.

Devinerez-vous le mot le plus souvent prononcé par lui ? « Accompagner  » ! Un terme révélateur d’un état d’esprit et d’une conscience aigüe de la responsabilité qu’il entend porter à l’égard de ces jeunes musiciens au tout début de leur carrière professionnelle.


« C’est mon travail que d’être un soutien pour les six finalistes »

Alexander Shelley

Lors des épreuves finales, chaque finaliste jouera en soliste un concerto, accompagné de l’Orchestre Symphonique de Montréal.

Bien sûr, tout commence avec les répétitions. « Chacun disposera d’une répétition de 90 minutes en présence de l’orchestre et de moi-même, puis je les prendrai chacun au piano pour balayer l’oeuvre ensemble. Puis la répétition générale, et c’est tout… ». Les conditions de préparation sont donc professionnelles.


Est-ce à dire que le chef d’orchestre se limite à cet aspect presque « mécanique » des choses ? Non bien sûr. « J’ai une responsabilité : celle d’offrir aux candidats la possibilité de se familiariser avec la pratique orchestrale. Pour certains, il se peut que cela soit leur première fois. D’autres seront plus nerveux qu’à leur accoutumée. Mon travail est d’être un soutien pour eux. »

D’ailleurs, cette recherche d’équilibre est-elle simplement liée aux circonstances exceptionnelles que sont un concours ? « Pas vraiment. J’adopte de façon générale une philosophie de travail qui est la suivante : je souhaite absolument créer l’environnement le plus confortable possible pour le soliste. En tant que chef, je l’accompagne… Donc si je pense qu’un tempo, une phrase musicale ou une nuance pourrait ou devrait être modifiée, je le garde pour moi-même, même si je suis convaincu de mon approche. Je pense qu’il me revient de trouver le moyen d’être un soutien pour le soliste sans chercher à modifier son travail. Si pendant les répétitions, les choses évoluent, alors parfait. Mais mon rôle n’est pas de m’imposer. En fait, un accompagnateur (ce que je suis) doit mettre le soliste en situation de confort. »

« Dans un concert, le jury c’est le public ! »

Qui dit concours dit jury… « Oh moi, j’oublie le jury. Ma seule et unique mission est de seconder le candidat et de m’assurer que nous donnons un bon concert. Et j’irais même au-delà en disant que je travaille avec le candidat dans une seule et unique perspective : faire de la musique et la faire naître à la vie. Vous savez, (Alexander éclate de rire), en concert, il y a toujours un jury. et ce jury c’est le public !!!! »

Le public, Alexander Shelley en a le souci. Sans même qu’on lui pose la question, il se demande… « Tiens, au fait, le public éprouvera-t-il davantage de plaisir à écouter plusieurs fois le même concerto joué par des candidats successifs ou bien est-il préférable que chaque candidat joue un concerto différent ? » Alexander continue de penser à voix haute : « Je crois que finalement c’est plus intéressant, parce qu’inhabituel, d’entendre le même concerto joué par chacun des finalistes. Pourtant, c’est moins divertissant pour nous les musiciens sur scène (et il se met à rire). »

Le programme précis de ces auditions finales ne sera connu que plus tard évidemment. Chaque candidat au concours a en effet choisi par avance un concerto : Bartok, Brahms, Prokofiev, Paganini, Chostakovitch, Sibelius, Tchaikovsky… Ce n’est donc que la veille de son départ pour Montréal que le chef connaîtra le programme.

« La musique, c’est une question d’ouverture d’esprit »

Alexander Shelley

Alexander Shelley a déjà l’expérience de la direction dans le cadre particulier d’un concours. Une première fois avec la Deutsche Kammerpharlharmonie Bremen, expérience renouvelée à de maintes reprises. Puis aussi avec l’Orchestre de la Suisse Romande pour le Concours de Genève.


Malgré cette expérience, la direction de l’Orchestre Symphonique de Montréal dans le cadre du CMIM revêt un caractère très particulier pour Alexander. « Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas si simple et la situation est plutôt inhabituelle. Dans des conditions normales, au cours d’une première répétition avec un orchestre que je ne connais pas, je vise à créer avec l’orchestre une sorte d’alchimie. Et c’est à « nous » qu’il revient de susciter cette alchimie. « Nous » c’est-à-dire l’orchestre et le chef. Ensemble. »

Dans le cadre du CMIM, les choses sont-elle différentes ? « Oui, Je suis un élément tout à fait secondaire puisque j’ai besoin, au premier chef, d’être le lien entre le jeune soliste et l’orchestre. Il est donc difficile pour moi d’établir une relation avec l’orchestre. C’est en ce sens que je pense qu’il n’est pas simple de faire ses débuts avec un orchestre dans le cadre d’un concours. Mais l’Orchestre Symphonique de Montréal est merveilleux. Je l’ai souvent entendu jouer et je peux dire que je suis un de leur fan !!!! Je suis très impatient.. et optimiste »

Une vision personnelle de la direction d’orchestre

Souhaitez-vous connaitre le mot de la fin ? Alexander Shelley s’avoue enthousiaste et impatient de venir « accompagner » les jeunes solistes candidats au concours. « Accompagner » est vraiment le mot qu’il préfère et il le répète à l’envie.

Il ajoute « Etre souple, c’est le rôle du chef d’orchestre. Techniquement, musicalement, philosophiquement. Au fond, le chef doit être ouvert. Et la musique c’est souvent une question d’ouverture de l’esprit ».

« Accompagner » et « être ouvert » sonnent aussi comme une signature de sa vision personnelle de la direction.