100 ans de piano en Iran avec Layla Ramezan : Fabuleux

Layla Ramezan est pianiste et vit à Lausanne. D’origine iranienne également. Depuis 2013, elle explore la musique pour piano des compositeurs iraniens du vingtième siècle. Les deux premiers volumes d’une série de quatre disques sont déjà parus chez Paraty : Composers from the 1950′ (2016) et Sheherazade (2019).

100 Years of Iranian Piano Music
Sheherazade

Le début de l’histoire : Napoléon III offre un piano au Shah

Nous avons rencontré Layla Ramezan à Paris en juillet 2019. Elle raconte l’histoire fabuleuse du piano offert par Napoléon III à la cour du roi Fath’Ali Shah, celle de la première pianiste qui était aussi princesse, et puis celle de Sheherazade, titre de l’oeuvre écrite par Alireza Mashayekhi au coeur du second disque de la série.

Layla Ramezan, tombée amoureuse du son du piano à l’âge de sept ans

Une enfance en Iran après la Révolution

Il est des histoires qu’on devine à peine tant elles sont éloignées de notre réalité. Layla Ramezan est née en Iran, après la Révolution. « L’Iran que je connais, c’est celui de la guerre et des histoires… les belles et les moins belles. Je suis une fille de la ville, de Téhéran. Mais ma mère est originaire de Kerman, une ville dans le désert. D’ailleurs l’histoire de Shéhérazade se passe non loin de là. »

Nous pensions alors que Layla allait dire à quel point la vie était plus libre loin de la ville en cette période mouvementée en Iran. « Pas vraiment. Quand on est enfant, on ne comprend pas grand chose. Mais il y avait une pression mentale qu’on ressent, qu’on vit avec la famille et dans la famille. Cette insécurité, cette tension, ces soucis… Nous les enfants, nous le ressentions énormément. »

Layla Ramezan
Layla Ramezan. Crédit photo : M.Amini

Un apprentissage de l’instrument inédit et inhabituel

Et le piano ? Dans cet Iran fermé, rien n’a été simple. « J’ai entendu le son du piano pour la première fois à l’âge de sept ans à l’occasion d’une soirée. J’ai alors supplié mes parents de m’en acheter un mais à l’époque, les difficultés politiques et économiques étaient très importantes et aucun instrument ne rentrait dans le pays. Il a fallu en trouver un d’occasion et cela a été très compliqué. » Le piano enfin trouvé, l’apprentissage ? « A l’époque, il n’y avait ni école de musique ni conservatoire. J’ai dû prendre des leçons privées en cachette. »

L’histoire continue pour la petite Layla. Elle est en train de se construire musicalement d’une manière tout à fait inédite et inhabituelle. « Je prenais des leçons chez l’une des figures les plus importantes de la musique en Iran. Mais il était musicologue et compositeur. Pas vraiment pianiste. Dès le départ, il m’a encouragée à jouer l’oeuvre des compositeurs contemporains. J’avais alors dix ans. Mon parcours est donc original. En quelque sorte, j’ai été autodidacte, mes professeurs n’étaient pas des pianistes mais ils m’ont aidée à développer d’autres qualités artistiques. »

A 17 ans, Layla Ramezan quitte l’Iran et vient à Paris étudier le piano. Elle réalise là un rêve qu’elle vit alors avec passion et gourmandise. « Pendant quatre ans, je ne suis pas retournée en Iran. Je voulais une autre vie. Je souhaitais rencontrer le monde de la musique classique, étudier, aller au concert…. C’était important de complètement m’abandonner dans cette culture. »

100 ans de musique du piano en Iran avec Layla Ramezan

Layla Ramezan

100 years of Iranian Piano Music. Une série de quatre disques. Les deux premiers présentent des oeuvres extrêmement différentes, parfois inédites, que tout mélomane curieux découvrira avec ravissement.


100 Years of Iranian Piano Music
Un premier opus consacré aux compositeurs iraniens des années cinquante

« Ce disque présente les oeuvres de compositeurs nés dans les années cinquante, c’est-à-dire avant la Révolution. Certains ont étudié en France, en Autriche, aux Etats-Unis. Tous ont énormément voyagé dans le monde. L’une des compositrices, Fozié Majd, a joué lors du festival créé à l’occasion de la fameuse célébration entre 1971 et 1972 du 2500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse par Cyrus le Grand. De grands concerts, avec Arthur Rubinstein par exemple, avaient alors été organisés. Et c’est à cette occasion aussi que les oeuvres de Fozié Majd avaient été jouées. Cette femme est très intéressante. Elève de Nadia Boulanger, elle a écrit des oeuvres très inspirées et aussi une étude sur la musique folklorique iranienne. »

Trouver la liberté en composant comme Messiaen ou Debussy

Les autres compositeurs ? « Ils ont été professeurs à la Juilliard School, à Pittsburgh, en France… Ces compositeurs cherchaient beaucoup la modernité en cassant les codes de la musique traditionnelle iranienne. Ils trouvaient leur liberté en composant dans le même style que Messiaen ou Debussy. »

Sheherazade
Un second opus consacré à l’oeuvre la plus importante jamais écrite pour le piano en Iran

« J’ai voulu que le second volume de la série donne un place entière et forte à Sheherazade. Cette pièce composée par Alireza Mashayekhi est l’oeuvre la plus importante jamais écrite pour le piano en Iran. Dans cette oeuvre, se trouvent mêlées la musique ancienne iranienne et la musique d’aujourd’hui. Le compositeur s’est en effet appuyé sur la musique traditionnelle tout en trouvant l’harmonie avec des codes d’écriture occcidentale. »

Une pièce au fort pouvoir onirique

« Parfois, quand je la joue, j’ai l’impression que je marche dans les rues de Téhéran. Très moderne et très pollué. En même temps, je me retrouve dans les ruines de Persépolis. On le sent vraiment. »

Si le compositeur avait à l’origine imaginé écrire un opéra, l’oeuvre est devenue une pièce pour piano et narration. Presque naturel pour un compositeur né sur une terre de la poésie. « Avec lui, le passé et le présent s’effleurent. Il est un peu le Boulez de l’Iran. Il a apporté beaucoup de modernité à notre culture. »


Layla Ramezan
Layla Ramezan. Crédit photo : M.Amini

Layla Ramezan a rencontré pour la première fois le compositeur de Sheherazade à l’âge de dix ans. Alireza Mashaykhi était, en effet, un ami de son professeur de piano, d’ailleurs lui-même plus compositeur que pianiste.

La petite iranienne a grandi. Elle enregistre désormais les oeuvres pour piano de tous ces compositeurs qu’elle a pu rencontrer dans son enfance. Elle continue aussi à susciter les rencontres nouvelles. D’ailleurs, le jour de notre rendez-vous à Paris, elle avait rendez-vous (aussi) avec une jeune compositrice iranienne installée aux Etats-Unis. Une autre histoire, mais la musique n’est qu’histoires et celle de Layla Ramezan est très belle.

Retrouvez Layla Ramezan en concert en France le 12 novembre 2019. Les informations pratiques sont ici : http://www.theatresqy.org/saison/spectacle/sheherazade.htm

Consultez le site internet de Layla Ramezan

Quelques extraits ici

Découvrez ici une artiste qui soutient énormément la composition contemporaine : Angèle Dubeau

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