100 Maux de l’Opéra : Admirables Mirabilia

100 Maux de l'Opéra

Lire Les 100 maux de l’Opéra, c’est ne courir qu’un seul risque. Celui de la tentation de l’opéra. Cet ouvrage de Christophe Rizoud, publié aux Editions Papiers Musique, est savant mais léger, espiègle à souhait.


La culture, comme la mémoire, peut être aussi source de vertige.

Alain Michel, La parole et la beauté. Les Belles Lettres, 1982.

Les 100 Maux de l’Opéra appartiennent à un genre littéraire très ancien. Celui de la liste ou du catalogue. Quelques exemples. Rassurez-vous, nous ne serons ni aussi précis (ni aussi brillant) qu’Umberto Eco dans son Vertige de la liste paru chez Flammarion en 2009. Homère, au chant second de son Iliade, dresse un vertigineux catalogue des vaisseaux. Il y nomme longuement et méticuleusement les navires et les capitaines des forces grecques en présence. Pensons aussi à Rabelais et ses descriptions de tables festives dans Gargantua et Pantagruel. Ou encore au contenu du tiroir de la cuisine de Léopold Bloom dans l’Ulysse de Joyce. Ou, rapprochons-nous un tantinet du sujet, à la liste des instruments de musique du Docteur Faustus de Thomas Mann.

100 Maux utiles

Les écrivains, ceux qui aiment les mots, ont souvent pratiqué le jeu de l’énumération et du catalogue. La liste est pratique. Elle recense et ordonne les connaissances. En somme, on classe pour mieux délimiter et entrer ainsi dans un monde à l’abord trop vaste.

100 Maux de l’Opéra répond, en cent mots, à cet objectif pédagogique. Castrat, Colorature, Contre-Ut, Diapason, Opérette, Pastiche, Trille, Ténor… Les mots des 100 Maux visent l’utile sans toutefois jamais verser (et trébucher) dans ce qui serait, pour l’amateur, superflu et superfétatoire. Le tout avec style et un art consommé de l’histoire qu’on donne, sans trop en faire, comme ici avec ce petit jeu allitératif autour du « C » de « castrat » et « coince ». « Castrat : Ames sensibles, s’abstenir. Voici l’une des pratiques les plus barbares perpétrées au nom du chant, en Italie principalement, du milieu du XVIe à la fin du XVIIIe siècle. Dispensons-nous de tout jugement et narrons brièvement pour en venir là où ça coince. »

  • Christophe Rizoud
  • 100 Maux de l'Opéra

100 Mots rieurs

La liste est aussi un moyen de suggérer l’incommensurable. A la parcourir, le lecteur ressent le vertige de l’infini. Tout ce dont il ne soupçonnait aucunement l’existence vient à lui, lui saute aux yeux et à l’esprit, pour mieux lui imposer l’humilité, voire le silence.

L’infini… C’est un peu ce que le monde de l’opéra, tout petit mais oh combien codé, chérit et cultive. L’opéra se délecte de rituels dont les seuls initiés auraient la clé de compréhension. C’est là que le talent de Christophe Rizoud éclate sous chacun de ces cent mots. Sans même lire l’article sous le titre, l’esprit transparait : Baumol (loi de), Bonbon, Claque, Clichés, Couac, Crossover, Diva, Elégance, Escalier, Fumée, Huées, Marketing, Nudité, odeur, Ponctualité, Publicité, Réseaux sociaux, Scandale, Sexisme, Smartphone, Snobisme, Swatch, Tintin, Toilettes, Toux, Travesti, Twitter, ou You Tube…

Voyez-vous, Christophe Rizoud emprunte au genre du catalogue pour mieux amuser. Ses 100 Maux de l’Opéra sont donc joueurs et taquins à souhait. Ils amènent le lecteur au plus près de la question tout en imposant la plus juste distance. A force de sel, d’humour et de culture finement dosée, les maux de l’opéra sont d’admirables mirabilia. Ils décrivent et décriptent de façon très moderne les étonnants, merveilleux, singuliers et prodigieux symptômes de la chose opéra. Lisez donc Les 100 maux de l’Opéra. Vous ne risquez presque rien. Si ce n’est la tentation de l’opéra.

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