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J.B Doulcet : attachant 4e prix au Concours Long-Thibaud

Jean-Baptiste Doulcet © Jean MORIN

Jean-Baptiste Doulcet a remporté le quatrième prix ainsi que le prix du public lors de l’édition 2019 du prestigieux Concours international de piano Long-Thibaud-Crespin. Un jeune pianiste à la personnalité attachante qui, malgré une spécialisation en improvisation, a décidé de se confronter à la réalité des concours.


Pourquoi le Concours Long-Thibaud-Crespin ?

Jean-Baptise Doulcet est convaincu. De son amour pour l’improvisation, de l’intérêt de cette spécialisation mais aussi du danger de l’éparpillement. En somme, ce jeune homme aux yeux rêveurs et à la voix douce est conscient que les qualités qu’on acquiert grâce à l’apprentissage de l’improvisation ne sont pas nécessairement reines ailleurs. Etudiant dans la classe de Claire Désert au CNSMDP, il raconte. « Claire Désert m’a beaucoup structuré à une époque où je m’éparpillais beaucoup. Je ne m’en suis pas rendu compte sur le moment mais oui, elle m’a aidé à me structurer. J’ai ensuite participé à un échange Erasmus pendant un an en Finlande et cela m’a fait beaucoup de bien. J’ai alors participé à un concours là-bas, j’y ai gagné un second prix et cela a débloqué en moi quelque chose. »

En Finlande, il rencontre Julia Mustonen-Dahlkvist, professeur de piano au Ingesund College of Music, Karlstad University. Elle devient le professeur qu’il rejoint une fois par mois, au sein d’un campus perdu dans la forêt. « Ce campus, c’est une manière de se ressourcer et un cadre extraordinaire pour travailler. » Tant et si bien qu’en lui, elle va chercher une rigueur du travail et des qualités dont il ne se sentait pas doté. Il s’inscrit au Concours Maria-Canals en 2018, sans résultat. 2019 : il choisit de s’inscrire au Concours international de piano Clara Haskils. C’est la demi-finale. Vient ensuite Long-Thibaud-Crespin, deux mois et demi plus tard et c’est la finale.

Ce qu’on y apprend sur soi…

Il est fou d’apprendre que ce jeune homme s’est inscrit au Concours Long-Thibaud en se disant que « cela le ferait travailler ». Lui qui avait envisagé passer le premier tour et peut-être le second s’est retrouvé confronté à une réalité toute autre. Travailler en l’espace de trois semaines le Concerto pour piano et orchestre n°3 de Bartok, devoir admettre que sa prestation ne serait pas « une réalité musicale » mais que c’était une réalité tout court… et qu’au surplus, son inexpérience presque totale d’un concert avec orchestre allait être tout à coup biffée grâce à l’Orchestre National de France dans l’auditorium de Radio France.

« C’était un peu de la survie. Ce n’était pas une réalité musicale mais cela m’a appris aussi que c’est très formateur que de se battre. Parce que je suis venu en pensant jouer mon premier tour. Et puis, ensuite, je me suis dit « Tiens, je vais jouer mon second tour ». « Et puis, quand j’ai su que j’allais en finale, là il a bien fallu faire face. Ce n’était pas un idéal mais c’est quand même ce que j’ai dû faire. »

Ce qu’on y apprend des autres candidats

En situation de concours, on se découvre. On apprend à se dépasser et à gérer son stress en puisant au fond de soi des ressources qu’on pensait inexistantes. On apprend aussi des autres candidats. Jean-Baptiste Doulcet évoque quelques souvenirs de moments partagés avec Kenji Miura et Keigo Mukawa, premier et second prix du Concours.

« Je ne sais pas si c’est un raffinement tout japonais. Ils étaient présents lorsque j’ai joué ma finale, ce qui est déjà très sympathique. Ils sont ensuite venus me voir dans ma loge après le concert pour me féliciter, très sincèrement et sans arrière pensée. J’ai trouvé cela très chouette et je me suis posé la question de savoir si je l’aurais fait. C’est aussi quelque chose qu’on apprend. Avoir de la hauteur et donner sincèrement son avis sur quelque chose. »

Et maintenant ? Pianiste avant tout

Qui est Jean-Baptiste Doulcet ? « Personne ne sait vraiment qui je suis, sauf peut-être vaguement. Ce quatrième prix, il est arrivé là comme cela, et je pense que c’était le bon moment car je vais pouvoir travailler des choses qui me tiennent à coeur. » L’improvisation ? « Oui, c’est quelque chose que je veux porter car c’est trop rare en musique classique. A l’heure où on dit devoir reconsidérer le concert classique, il faut créer une passerelle avec le public. Il y a mille choses à faire et je le fais déjà dès que j’en ai l’occasion. Toutefois, j’ai aussi une envie folle de continuer mon travail de maturation du répertoire. Je suis pianiste avant tout. »

Ce qu’il dit déjà faire est sans commune mesure avec ce qu’il aurait pu faire le jour de la finale du Concours Long-Thibaud ! « Si j’avais pu jouer le Concerto n°24 de Mozart en finale, j’aurais à coup sûr improvisé la cadence. » Mi amusée mi perplexe, nous lui reposons la question et sa réponse est encore plus déterminée. « Mais évidemment que je l’aurais fait ! Cela aurait été une occasion en or. Le prix, au fond, je m’en fiche. J’aurais adoré. C’est une prise de risque mais je ne le vois pas comme cela. Pour moi, l’improvisation c’est un moment où il n’y a plus aucun risque. Je suis à la maison et je peux faire ce que je veux car il n’y a pas de fausse note en improvisation. »

On le vous le disait en titre … Jean-Baptiste Doulcet est un artiste attachant.

Photographies de Jean-Baptiste Doulcet : © Jean MORIN.

Pour écouter J.B Doulcet : Live in Germany, Improvisation

http://www.lisztomanias.fr/artiste/jean-baptiste-doulcet/

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