Boléro, le refrain du monde : un film tout à fait grisant sur Arte

Boléro, le refrain du monde ! Un documentaire de Anne-Solen Douguet et Damien Cabrespines. Avec une vraie vision de l’oeuvre de Ravel, des angles originaux et personnels, un travail somptueux de l’image et des interviews passionnantes.

A voir le 5 janvier sur Arte à 18h50 et dès le 29 décembre sur arte.tv.

Boléro… l’idée, c’est le tube !

Thierry Biscary-percussions

Initié il y a plus de deux ans, le travail de Anne-Solen Douguet et de Damien Cabrespines est une déclaration d’amour à ce Boléro unique et moderne, insolent mais universel. Un chef d’oeuvre qu’un sondage de 2013 avait en quelque sorte démasqué de ses chiffres froids mais limpides. 73% des français connaissent le Boléro. Peut-être ne savent-ils pas dire le nom de celui qui l’a composé. Peut-être ne savent-ils pas en énoncer le titre mais la musique, ils la connaissent et la reconnaissent.

Ce documentaire est né d’un désir. Celui de « retranscrire le fait que cette musique appartient à tous et qu’avec le Boléro, il n’y a pas de chapelles. » Damien Cabrespines revendique une culture personnelle plutôt pop et électro mais il sait aussi que cette musique dite « classique » touche le plus grand nombre. « On a tous, ou presque, le Boléro dans notre playlist même si la musique classique ne fait pas partie de notre culture. Je pense que le Boléro est un tube. C’est d’ailleurs pour cela que nous l’avons appelé « le refrain du monde » car ce Boléro fait partie de notre quotidien. »

Les version multiples d’un refrain

Katia et Marielle Labèque

Le refrain du monde est polymorphe. Loin de se rigidifier dans une sorte de déification du chef d’oeuvre, le Boléro renait sans cesse sous les doigts de musiciens libérés de tous interdits stériles et dans le corps de danseurs toujours plus inspirés pour en exprimer une part encore inexploitée. Ce documentaire laisse voir de multiples versions du Boléro et bien mieux encore. Il présente le travail d’artistes qui se sont appropriés le chef d’oeuvre pour en faire quelque chose de nouveau.

Les rencontres avec d’immenses artistes internationaux qui ont proposé leur vision personnelle du Boléro ponctuent le documentaire. Du cinéaste Claude Lelouch à la chanteuse Angélique Kidjo, du canadien Rufus Wainwright au sud-coréen Kim Jee-woon. En passant par la danseuse Etoile Marie-Agnès Gillot, les pianistes Katia et Marielle Labèque. Ou encore les papes de la musique électro Carl Craig et Moritz Von Oswald. Tous portent un regard personnel sur ce que les réalisateurs ont nommé « la bande-son perpétuelle de notre planète« .

« Ce qui a vraiment été agréable, c’est que chacun d’entre eux était là pour une raison différente. Chacun nous a offert un témoignage fort sur le Boléro. Intime quand ils disent tout ce qu’ils ressentent en écoutant le Boléro. Enrichissant quand ils livrent un éclairage toujours nouveau sur l’oeuvre« . La voix de Damien Cabrespines est enthousiaste. On le comprend. D’une rencontre personnelle avec Claude Lelouch ou d’un tournage dans le studio de Gregory Maqoma en Afrique du Sud. Tout est précis et fouillé. Que dire alors de la mise en image ?

Un Boléro sublimé par des artistes de l’image

Angles, image, couleur, mouvement, tout a été pensé pour faire de ce documentaire une contribution supplémentaire au génie de Ravel. Le Boléro est ainsi sublimé par un travail de montage, d’habillage et de sonorisation tout à fait remarquable.

Le montage… Damien Cabrespines évoque sa collaboration avec Catherine Jézéquel. « Elle a quelque chose dans le regard, notamment pour le sport et les mouvements, et fait des raccords exceptionnels. Il y a dans son montage une vraie musicalité. La musicalité, qu’elle soit auditive ou visuelle, est très importante. »

Le graphisme n’est pas moins ciselé avec des habillages à l’esprit « pop » réalisés par Thomas Bordier. « Il était important pour nous d’avoir un habillage pop. On a beaucoup d’images d’archives et nous souhaitions que les images soient ancrées dans le 21e siècle, avec une vraie modernité puisque nous envisageons ce Boléro comme un élément de la pop culture. »

Reste la musique additionnelle. Créée spécialement pour le documentaire par Sébastien Delage, elle est l’ultime raccord entre Ravel et notre époque. « Pendant les interviews, revenait souvent le récit de ceux qui disent écouter le Boléro en conduisant. C’est normal au fond ce mouvement et l’allant que le Boléro peut déclencher. Le but de Sébastien était de nous offrir des versions très modernes du Boléro. Nous avons donc décidé de faire une version qui s’inspire très librement de NightCall de Kavinsky. Cette musique originale du film Drive a donc inspiré les versions ultra modernes et chics de Sébastien. »

Du fond à la forme, ce documentaire « Boléro, le refrain du monde » est un moment précieux de culture. Il est la preuve que du classique au moderne et de la salle de spectacle à la télévision, seule la créativité compte. Autrement dit par Damien Cabrespines, mais très joliment : « On peut parler de tout, mais il faut avoir une vision. »

Rendez-vous dès le 29 décembre sur http://www.arte.tv puis le 5 janvier 2020 à 18H50 sur Arte

Pour voir le documentaire sur arte.tv


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