Concerti "Per il castello" : Vivaldi face à de nouveaux horizons

Les Concerti per violino VII « Per il castello » sont disponibles chez Naïve depuis le 15 novembre 2019. Il s’agit là du soixante-deuxième opus de l’Edition Vivaldi et du septième volume de concerti pour violon du prêtre roux.

Le violoniste Alessandro Tampieri ainsi que l’Accademia Byzantina dirigée par Ottavio Dantone livrent un opus raffiné à l’image de ces oeuvres inventives et galantes parfois, qui témoignent de l’attention du compositeur aux évolutions du goût musical de son temps.



Concerti « Per il castello » : Venise a oublié Vivaldi et Vienne ne l’attend pas

Voici l’histoire. Mai 1740, Vivaldi quitte Venise. Il n’est plus très en forme et déjà âgé. Surtout, « lui et Venise ne sont plus sur la même longueur d’onde musicale » écrit Sophie Roughol. (In Vivaldi, chez Actes Sud/Classica). Presque oublié déjà, ce n’est que le début d’un long voyage vers les abysses de l’anonymat ou du dédain. Dont il ne sortira qu’en 1948 grâce à l’ouvrage de Marc Pincherle.

Revenons à ce mois de mai 1740. Vivaldi quitte Venise pour se rendre à Vienne. Sans doute quelques protecteurs importants l’attendent mais il faut bien le dire : Vienne n’attend pas Vivaldi. De toute façon, l’histoire se termine presque. Le 28 juin 1741, le compositeur livre au Comte Vinciguerra Tommaso Collalto des partitions de musique pour la somme de douze ducats hongrois. Un mois après la vente, Vivaldi meurt. Le 28 juillet 1741. Dans la maison Satler à Vienne.

Dans les cartons du comte Collalto, probablement « la Sinfonia et (…) quinze concertos mentionnés dans un inventaire de la collection musicale Collalto, aujourd’hui conservée au Moravské zemské muzeum de Brno« . (Cesare Fertonani). Plus de la moitié de ces concerti ont été perdus. Parmi eux, le Concerto en sol majeur RV 309 intitulé « Il mare tempestoso« , variation sur un thème cher à Vivaldi et traité à plusieurs reprises dans d’autres pièces. Mais plutôt que de nous soucier du chef d’oeuvre perdu (et auquel peut-être le violoniste rend hommage dans sa vidéo), portons notre regard sur les six concerti per violino « Per il castello » enregistrés par l’Accadémia Bizantina et Alessandro Tampieri. Il mare tempestoso n’est plus. Restent des oeuvres qui attestent du souci d’un compositeur installé et pourtant soucieux de fixer de son regard les nouveaux horizons du goût de son époque.

Vivaldi et les nouveaux horizons du goût

L’Accadémia Bizantina dirigée par Ottavio Dantone a enregistré une partie lumineuse de la musique d’un Vivaldi mature. Lumineuse musique parce qu’elle témoigne des efforts du maître vénitien pour s’adapter aux exigences stylistiques de son époque.


Une simple vue sur la mer pour ces Concerti « Per il castello »

« Les concertos de la période tardive témoignent à l’évidence du travail d’assimilation opéré par Vivaldi pour tenter de conformer son écriture – de façon parfois problématique mais d’autant plus fascinante – aux exigences d’allègement de la texture, de simplification harmonique, de construction périodique, d’ornementation de la mélodie grâce au nouveau style galant, diffusé avec succès à partir de la deuxième moitié des années 1720. (…) De telles exigences répondent à l’apparition de nouveaux horizons dans le domaine du goût. » (Cesare Fertonani, livret du disque).

En somme, et de façon très synthétique, la musique se concentre alors sur la sensibilité, l’affect, la nuance et l’expressivité. Ecoutez donc ces concerti per violino per il castello en vous inspirant du film produit à l’occasion de la sortie de l’opus. Une vue simple sur la mer, une forêt suffisent à cette musique claire et universelle pour tisser le texte de l’histoire. Vous voyez, nul besoin d’être musicologue pour ressentir.

Alessandro Tampieri et l’Accadémia Bizantina dirigée par Ottavio Dantone livrent une oeuvre remarquable. Il y a évidemment tout ce que l’enregistrement d’oeuvres méconnues et recouvrées de l’oubli comporte. Une part d’aventure et de risque pour mener un difficile travail d’historien musicien. Il y a aussi ces traits du soliste, profonds et incarnés. Vivaldi, libre et impétueux parfois. Vivaldi subtile et sensible aussi. Tout ce qu’Alessandro Tampieri a compris de Vivaldi, il le restitue au violon. N’oubliez pas. Un Vivaldi que Venise commence à oublier et qui s’essaie à des esthétiques nouvelles. Un Vivaldi que le présent rechigne et qui regarde à l’horizon. Une très belle leçon de créativité en somme.

Les photographies de cette publication ont été prises par Denis Rouvre.

Extrait : Concerto in E Minor, RV 273: II. Largo

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