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Le temps retrouvé : Li-Kung Kuo prolonge la quête de Proust

Le temps retrouvé
Le temps retrouvé

Le temps retrouvé. C’est le titre du septième et dernier tome de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Publié en 1927 à titre posthume, ce roman referme une oeuvre monumentale. La peinture d’un petit monde dont l’auteur s’évertue en des milliers de pages à retranscrire la vie intérieure et les sentiments. Une oeuvre habitée par la musique et qui respire au son d’une sonate devenue fameuse, composée par un musicien imaginaire, Vinteuil.


Le temps retrouvé. C’est aussi le titre choisi par Li-Kung Kuo (violon) et Cédric Lorel (piano). Habités par la musique et la littérature, ils prolongent en quelque sorte le chef d’oeuvre proustien. Les oeuvres pour piano et violon qu’ils présentent ont été composées par Ysaÿe, Debussy, Chausson, Saint-Saïens et Hahn. Elles sont le témoin des rencontres, amicales ou rivales, du monde de la vie des salons de la Belle époque. Car la musique est en l’oeuvre de Proust et en sa vie, personnelle ou mondaine.

Le temps retrouvé : Un disque aux compositeurs-personnages presque proustiens

Cédric Lorel au piano et Li-Kung Kuo au violon forment un duo très intéressant. Le disque qu’ils proposent au label Cadence Brillante est construit comme une photographie sonore de la vie mondaine autour de Marcel Proust. Un travail musicologique qui n’est pas sans familiarité avec le style proustien. De l’un qui influence l’autre, de l’autre qui s’ouvre à l’un pour mieux s’en détacher.

Les personnages qui habitent ce disque Le temps retrouvé sont un peu comme ceux de l’oeuvre proustienne. Liés ou déliés, proches plus ou moins, mondains qui se croisent dans de fameux salons. Claude Debussy, ami d’Ernerst Chausson, n’appréciait guère Proust alors qu’il le croisait souvent à la taverne Weber, rue Royale. Claude Debussy, toujours, n’appréciait ni Camille Saint-Saëns ni Reynaldo Hahn. Reynaldo Hahn pourtant était une figure des salons parisiens chers à Marcel Proust, son compagnon pendant deux ans. Il semblerait aussi que la Sonate pour violon et piano n°1 de Saint-Saëns inspira, du moins en partie, la fameuse Sonate de Vinteuil dont la Recherche résonne. Reste le compositeur, violoniste et virtuose belge Eugène Ysaÿe : créateur du Poème de Chausson, du Quatuor à Cordes de Debussy et de bien d’autres oeuvres du moment.

De Taïwan à Paris, pour la culture et la musique française

Voilà donc un disque qui retrace une belle époque française, s’inspirant, notamment, de l’une des plus grandes oeuvres de notre littérature. Li-Kung Kuo est le violoniste qui l’a imaginé. D’origine taïwanaise, il s’est perfectionné à l’Ecole Normale de Musique de Paris après avoir obtenu le diplôme de « Bachelor of Arts » de l’Université Soochow de Taïwan. Après avoir remporté à l’unanimité le Diplôme Supérieur de Concertiste de l’Ecole Normale de musique de Paris, ainsi que le Diplôme d’Exécution à l’unanimité avec les félicitations du jury, il a été lauréat du Concours Léopold Bellan et du Concours International Glazounov.

« La musique se mélange à une époque »

Touchant jeune violoniste d’origine asiatique, « attiré par la culture et la musique française depuis très longtemps. » Lui, dont l’écrivain préféré est Flaubert, et qui est en train de lire Les trois contes. C’est qu’au-delà de la musique, ce musicien considère « la société, l’histoire, l’esthétique, la peinture et la littérature, comme un ensemble. Il faut aller au delà-de la partition car la musique ce n’est pas si simple. Elle se mélange à une époque. Il faut donc savoir qui est l’ami de qui, pourquoi par exemple Debussy n’aimait pas Wagner. »

Quand la culture française, qu’elle soit musicale ou littéraire, fascine de jeunes talents asiatiques au point de les conduire jusqu’à Paris. Et quand, les années de formation passées, ils manifestent leur admiration pour un patrimoine dont nous oublions, parfois, l’immense richesse. Le temps retrouvé fait partie de ces disques qui ont été muris et ciselés jusqu’au moindre détail. On les écoute avec attention, tout en lisant le livret précis mais délicat. Comme un voyage au temps de Marcel Proust. Et un appel venu de l’étranger à ne pas oublier tout ce qui fait notre richesse commune.



Au programme de ce disque :`

Cliquez ici pour découvrir le label Cadence Brillante : http://cadencebrillante.com/

Lisez ici notre article sur 1893, le dernier disque du Quatuor Varèse : https://gang-flow.com/2019/12/06/1893-du-quatuor-varese-le-jeu-subtil-des-cultures-musicales/

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