Eblouissant Beethoven sur pianoforte chez Harmonia Mundi

Harmonia Mundi ouvre l’année anniversaire de la naissance de Beethoven en publiant le premier volet d’une intégrale des concertos pour piano et orchestre de Beethoven. Une intégrale enregistrée d’un seul trait en dix jours. Mais là n’est pas l’unique point d’admiration. Du premier volume, consacré aux concertos n°2 et n°5, on retient la prestation éblouissante de Kristian Bezuidenhout au pianoforte et du Freiburger Barockorchester dirigé par Pablo Heras-Casado. En réunissant le dernier concerto pour piano et orchestre de Beethoven puis son premier, le plus adulé puis le mal-aimé, sur instruments d’époque, c’est Beethoven qu’on apprend à distinguer dans toute sa subtilité.

Le concerto le plus adulé puis le mal-aimé

Sorti le 31 janvier 2020, le premier disque de cette trilogie des concertos pour piano de Beethoven est éblouissant. Réunissant les concertos n°2 et n°5, il place l’auditeur dans une position des plus intéressantes. Le concerto n°2 étant en réalité le premier composé et le concerto n°5 le dernier. Le n°2 demeure aussi une sorte de mal-aimé du public et le n°5, l’ultime et l’adulé. C’est donc là une partie de l’histoire du compositeur qui s’écoute.

Le concerto n’°2 en si bémol majeur (op.19) composé en plusieurs esquisses entre 1786 et 1798, est l’oeuvre d’un jeune pianiste venu se frayer un chemin à Vienne. Mozart vient de mourir. Beethoven arrive et a compris que des talents d’improvisateur lui ouvriraient les portes de l’estime du public. Il se murmure que le mouvement conclusif aurait été composé la veille de la création, en une seule nuit. Mais l’oeuvre est hésitante. Elle n’est l’égale ni des concertos de Mozart ni des concertos de Beethoven qui suivront. Alors, en quoi, l’écoute de cette oeuvre est-elle intéressante ? C’est qu’on y pressent tout ce qui arrivera ensuite. Pour exemple, l’adagio auquel le piano soliste participe intensément et dont le pathos est déjà tout beethovénien.

Ecrit à l’hiver 1808-1809, le concerto n°5 en mi bémol majeur (op.73) est une oeuvre fulgurante. Son écriture a été menée dans des circonstances pénibles. Initiée sous les bombardements, elle se termine sous l’occupation de Vienne. Beethoven a quarante ans, il n’est plus le jeune homme de son premier concerto. Son génie n’est pas encore tout à fait acclamé mais il jouit déjà d’une situation matérielle plus confortable grâce au mécénat de l’archiduc Rodolphe à qui le concerto est dédié. Ce concerto pour piano et orchestre est l’ultime chez Beethoven, le « Grand concerto » ainsi nommé par le compositeur.

Une interprétation éblouissante

Kristian Bezuidenhout

L’histoire de ces deux concertos juxtaposée permet de deviner le défi relevé par Kristian Bezuidenhout au pianoforte et le Freiburger Barockorchester dirigé par Pablo Heras-Casado. Un Beethoven magnifique et puissant mais émotionnellement à fleur de peau pour le concerto n°5. Un Beethoven en puissance mais encore hésitant pour le concerto n°2. L’orchestre et le soliste ont réussi ce pari presque fou que de réussir à tenir l’exacte subtilité de l’écriture des deux concertos.

Pari plus fou encore, celui du jeu sur instruments d’époque. Quelle beauté ! Rien n’est fade. La juxtaposition du son mûri du Freiburger Barockorchester et du jeu inventif et émotionnel de Kristian Bezuidenhout emporte l’auditeur. Le soliste joue sur la copie d’un pianoforte Conrad Graf de 1824 et émerveille de son art dès les premières notes. Un art qui nous subjugue dans l’adagio un poco mosso du concerto n°5 ou encore dans la cadence du premier mouvement du concerto n°2. (Issue d’une transcription de Robert Levin).

A écouter cet enregistrement, l’auditeur comprend toute la subtilité de la personnalité de Beethoven. Emotif et parfois fragile, mais puissant. Ceci se comprend dans la juxtaposition des concertos n°2 et n°5 qui montre le cheminement du compositeur. Ceci s’entend au travers de ces interprétations sur instruments d’époque qui permettent de ressentir la fragilité. C’est que leur travail sur le son est tout à fait éblouissant.

Ce disque, il suffit de l’écouter pour comprendre combien on peut entendre pour la première fois une oeuvre alors qu’on pensait la connaître par coeur.

Quelques extraits de ce disque Harmonia Mundi


Harmonia Mundi

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Pour en savoir davantage sur le Freiburger Barockorchester : https://www.barockorchester.de/

Pour en savoir davantage sur Harmonia Mundi : http://www.harmoniamundi.com/