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Alberto Ferro : Rachmaninov avec la tête et le coeur

alberto ferro

Alberto Ferro est sicilien. Il vous le dit avec un grand sourire amusé. A dire le vrai, c’est la musique qui est sa langue natale. Il vous dit aussi que Rachmaninov n’est pas son compositeur favori mais l’un de ses favoris. Et pourtant. C’est avec Rachmaninov qu’il a grandi, jusqu’aux concours internationaux prestigieux et ce splendide enregistrement des Etudes-Tableaux op.33 et op.39 disponible chez Muso depuis le 10 avril 2020.

Il a compris comment on doit jouer Rachmaninov. Il le fait avec la tête et le coeur.

Vladimir Ashkenazy, Catane, 2012.

Rachmaninov avec la tête et le coeur

L’expression ne nous appartient pas. Alberto Ferro avait tout juste seize ans. Vladimir Ashkenazy, venu animer une rencontre à l’Accademia Pianistica Siciliana de Catane, écoute l’adolescent et lance avec enthousiasme : « Il a compris comment on doit jouer Rachmaninov. Il le fait avec la tête et le coeur. » C’est que le jeune pianiste mûrit ce répertoire depuis ses plus jeunes années et des récitals donnés en Russie et en Ukraine.

Elève d’Epifanio Comis, salué en 2013 à Moscou du Premier Prix International Sergei Rachmaninov et considéré par ses pairs comme un spécialiste éminent du compositeur russe, il n’a cessé de travailler ces pièces. Et il continuera. « J’ai travaillé cet enregistrement de manière extrêmement méticuleuse. Mais ce n’est pas fini. J’ai enregistré parce que j’étais certain de mon interprétation. Toutefois, c’est une manière de mettre un point sur une période. C‘est tout. Quand je serai plus vieux, je me souviendrai ainsi comment je jouais. C’est tout. Je n’arrêterai jamais le travail sur ces pièces. » Il avoue aussi être parfois victime de son obsession de la précision, détestant en un revers de cinq minutes un travail qu’il pensait complet. « Aussi longtemps que je vivrai, aussi longtemps que je grandirai, j’essaierai d’améliorer mon interprétation de ces Etudes-Tableaux. »

Oniriques ou sombres, des Etudes-Tableaux uniques

Les Etudes-Tableaux op.33 et op.39 ont été composées en Russie entre 1910 et 1917, certaines juste avant l’exil américain du compositeur. La forme est proche des Ballades de Chopin mais l’exemple est unique. Rachmaninov est le seul à recourir à la notion d’Etude-Tableau. Mieux encore, l’esprit est à la liberté. Rachmaninov n’a laissé que très peu d’indications sur ses inspirations ou ses désirs d’interprétation. C’est au public d’imaginer. Et à l’interprète de faire hommage à l’écriture.

L’écriture des Etudes-Tableaux a évolué avec le temps. D’un premier recueil op.33 aux sonorités oniriques, parfois légères, qui se termine dans une atmosphère dramatique, Rachmaninov devient plus sombre et plus funèbre dans son second recueil op.39. Pour Alberto Ferro, bien des mots qualifieraient ces pièces. « Au moins 17 ! Chaque Etude-Tableau est différente. Bien sûr, le chemin est toujours russe, entre énergie et mélancolie. Mais vraiment, chaque pièce est unique. Je pense par exemple à l’Etude-Tableau n°17 op.39, inspirée par les funérailles de Scriabine. L’ambiance est lourde. Dans l’Etude-Tableau 8 op.39, on entend des choses asiatiques. Et dans l’Etude-Tableau n°5 op.33, c’est le vent… Tellement de mots donc. »

Alberto Ferro en liberté avec Rachmaninov

La liberté que Rachmaninov offre à l’interprète, Alberto Ferro la transcende. Virtuose et volubile, il n’est pas une note inconsidérée. Dès la première Etude-Tableau, on sait que la technique servira un travail pointilliste mais que c’est la musicalité qui imposera toujours son dernier mot. L’interprète répond ainsi au désir de liberté du maître. Tout en faisant chanter sous ses doigts les voix multiples de ces pièces ensorcelantes, le jeune italien sait exprimer ses propres aspirations. « J’essaie de marier les intentions du compositeurs avec mes propres sentiments. L’interprète doit toujours être entre le compositeur et lui-même. On recherche un équilibre. »

Ces pièces de Rachmaninov sont la vie. Des moments tendres, d’autres funèbres. Des époques heureuses précèdent la grisaille du monde qui s’emballe. On prononce certains mots haut et fort, et d’autres, on les murmure discrètement. Tout cela, Rachmaninov le dit dans des pièces qu’il a voulues difficiles et techniques. Alberto Ferro nous enchante alors de sa maturité. Le discours de Rachmaninov est suivi à la lettre, mais les mots prononcés sont ceux d’un jeune italien, sensible et subtile. Il use de la liberté conférée par le compositeur à son interprète avec intelligence, faisant de cette musique quelque chose d’universel. Beauté infinie de cet enregistrement, comme une ode à la liberté.


Quelques extraits de ce disque d’Alberto Ferro

Pour acheter le disque, cliquez ici : https://www.muso.mu/

Alberto Ferro est photographié par Dan Hannen.

Toujours en Russie..


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