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Monsieur de Sainte-Colombe et ses filles, concerts de ruelle

Monsieur de Sainte-Colombe et ses filles

Monsieur de Sainte-Colombe a perdu un peu de son mystère auprès du grand public grâce au roman de Pascal Quignard porté au cinéma. Il avait toutefois déjà suscité l’intérêt des violistes à la suite de la publication en 1973 par la Société française de musicologie de ses 67 Concerts à deux violes esgales. La seule idée que le manuscrit de ces pièces ait été retrouvé dans la bibliothèque d’Alfred Cortot enchante.

Le disque Monsieur de Sainte-Colombe et ses filles paru chez Mirare complète de façon très intéressante notre connaissance du compositeur, maître de Marin Marais. Une heure de musique intime, élégante et raffinée. Où l’on découvre ce qui était joué « dans la société restreinte des concerts de ruelle » au XVIIe siècle.

Monsieur de Sainte-Colombe et les « concerts de ruelle »

Ecouter le disque ou lire le livret ? L’un et l’autre sont une nécessité et un plaisir. Le livret, parce qu’érudit sans trop en faire. Le disque, parce que raffiné et parfaitement mené par des musiciens spécialistes. Philippe Pierlot (dessus et basse de viole), Lucile Boulanger (basse de viole), Myriam Rignol (basse de viole) et Rolf Lislevand (théorbe) transportent leur public en une réalité tout à fait réjouissante. Celle de la pratique des « concerts de ruelle » quand « quelques musiciens, dont Sainte-Colombe, ouvrent leurs portes à un public choisi ». Sainte-Colombe donnoit même des Concerts chez lui, où deux de ses filles jouoient, l’une du dessus de Viole, et l’autre de la Basse, et formoient avec leur père un Concert à trois violes, qu’on entendait avec plaisir. » (Evrard Titon du Tillet, Le Parnasse français, Paris, 1732, p.624 ; cité dans le livret par Françoise Depersin).

A partir du milieu du XVIIe siècle, le répertoire des concerts était une musique de danses jouées pour un public restreint. L’ordre des danses s’est peu à peu fixé, allant des plus lentes aux plus animées. Toutefois, la liberté dans l’instrumentation est restée l’une des caractéristiques de ces moments d’élégance. S’inspirant de cette double caractéristique, les artistes proposent dans ce disque une alternance de concerts de Sainte-Colombe et de transcriptions de pièces de Chambonnières et de Couperin pour trois violes. Le tout est un « concert » à la manière des concerts de Sainte-Colombe et de ses filles. Et si le répertoire de ces concerts a disparu, ce disque n’en est que plus intéressant.

Memento mori…

Memento mori. Rappelle-toi que tu vas mourir. Telle est l’injonction centrale du XVIIe siècle qui a vu naître le tombeau musical qui « reprend le geste de dédicace posthume propre à son antécédent poétique, honorant ainsi la mémoire d’un défunt, le plus souvent un maître musicien. » (In livret)

Là encore, livret et disque se complètent à merveille. La pièce élégiaque Tombeau pour Mesdemoiselles de Visée de Robert de Visée invite à la découverte d’une esthétique musicale douce et violente à la fois quand Le Tombeau de Sainte-Colombe, autre merveille du genre, invite à réfléchir sur une perception toute différente de la mort.

Monsieur de Sainte-Colombe et ses filles est un disque savant et délicieux. Ceux qui préfèrent connaître pour mieux écouter liront le livret écrit par Françoise Depersin. Il les emmènera habilement sur le chemin de la découverte de ce répertoire. Ceux qui goutent la musique et se laisse envahir par elle avant que d’en découvrir les histoires secrètes seront transportés (de bonheur) par ce « concert de ruelle » qui leur est offert par de très grands artistes.

Extrait


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