Opus 77 de Alexis Ragougneau ou le moi, homme et artiste

Alexis Ragougneau

Alexis Ragougneau est Romancier. Opus 77 est un roman rare. Nous pourrions nous en tenir là. Nous pourrions vous assurer que ceux qui cherchent encore un livre pour l’été doivent s’enquérir de celui-ci. Et puis c’est tout.

Allons ! Essayons d’en écrire davantage sans tout en dire. Ce livre est un tel alliage de noirceur et de candeur, de violence et de grâce mêlées qu’il ne laissera aucun lecteur indifférent. A tout le moins. Car pour les autres, cette intrigue familiale au coeur du monde exigu des solistes internationaux aura la saveur rare des découvertes littéraires. Car d’intrigue il est question. Mais aussi de style, personnel et percutant.

Opus 77 d’Alexis Ragougneau est publié aux éditions Viviane Hamy.

Nous commencerons par un silence.

Mais les minutes de silence, vous savez bien, ne durent jamais soixante secondes pleines, y compris dans le recueillement d’une basilique genevoise, un jour de funérailles.

Alexis Ragougneau, Opus 77.

Ce roman d’Alexis Ragougneau qui répond à Chostakovitch

« En écoutant ma musique, vous découvrirez toute la vérité sur moi, homme et artiste. » Chostakovitch l’exprimait fort simplement et fort bien. La musique, la partition, conduit à l’artiste et à l’homme. Dans un roman construit comme en miroir du Concerto pour violon n°1 Opus 77 de Chostakovitch, Alexis Ragougneau invite de son côté le lecteur dans la vie intime des Claessens, musiciens fameux de parents en enfants. Seul mais essentiel point commun au compositeur Chostakovitch et à l’écrivain Ragougneau : la quête de la vérité sur le moi du musicien.

Les Claessens, clan aux secrets lourds et pesants. Le père, chef d’orchestre autoritaire et tout puissant asservi au culte de sa propre image. L’épouse, cantatrice morte-née dans son ombre. La fille, pianiste virtuose à la plastique superbe incapable d’amour et gérée de main de maître par son agent cynique et servile. Le fils. Ah le fils… Ce David qui ose défier les codes du fameux et unique Concours Reine Elizabeth et autour de qui l’auteur noue, avec un talent consommé de l’intrigue, un portrait subtile du musicien professionnel. Car être musicien professionnel, compositeur ou interprète, c’est être homme et artiste à la fois. Avoir peur et devoir se forger une carapace bien épaisse. Etre à fleur de peau, capable de ressentir et de transmettre la grâce aussi, et en même temps. Là, sur la scène. Seul, ou presque.

Sous l’armure, la sensibilité. Jusqu’à quel point ?

Alexis Ragougneau

Alexis Ragougneau est de ces romanciers qui ne se contentent pas de mettre en joie la curiosité du lecteur. Cela, il sait le faire parfaitement. Son talent est toutefois plus subtil. En un seul roman, il réussit à faire du musicien professionnel un portrait infini, complexe et nuancé. Un portrait multiple, à l’image des personnages principaux participant de ce portrait. Et puis, il n’impose nullement la réponse. Trop fin observateur de la folle et inventive nature humaine, il sait bien que l’infinie variété des réponses à une même question donnera une couleur enchanteresse à son roman. Quelle question ? Celle-ci. Comment l’artiste reste-t-il fort et impassible, alors qu’en lui, à travers lui et grâce à lui, passera la grâce parfois si déstabilisante ? Et puis cette autre question. Y parvient-il nécessairement ? Non bien sûr. David, le fils, vous en touchera un mot. La fille aussi. La mère. Et le père.

Chostakovitch aussi vous en touchera un mot. Toujours là, avec son Opus 77, qu’on écoute sous les doigts de la pianiste aux prises avec les obsèques de son père. Et qui, trente-cinq minutes plus tard (non 243 pages plus tard) s’éteint, riche de toutes ces interrogations familiales qu’elle aura partagé avec vous. Vous livrant un peu de cette complexité de l’artiste qui fait sa richesse et sa faiblesse en même temps.

La vie du musicien professionnel serait-elle donc d’essence romanesque ? Sans doute pas. Mais certains écrivains, comme Alexis Ragougneau, ont le don de vous en convaincre. Et ce n’est pas Chostakovich, aux prises avec le totalitarisme stalinien, qui démentirait la chose s’il le pouvait encore.

Les concerts-lectures autour du roman « Opus 77 » à venir cet été en France avec Elsa Grether (violon) et Alexis Ragougneau

Festival Millesources en Dordogne (St Hilaire-Luc) le 18 juillet 2020

  • 17H30 : Rencontre avec Alexis Ragougneau autour de son roman Opus 77
  • 21H : Récital d’Elsa Grether (violon) et Ferenc Vizi (piano)
  • Programme : Janacek (Sonate pour violon et piano), Beethoven (Sonate « A Kreutzer »), Dimitri Chostakovitch (1er Concerto pour violon opus 77)


Festival des Milliaires (Berry) : Opus 77, Dialogue entre un roman et un violon.

  • 8 août 2020 à 20H30 : Manoir d’Archys
  • 9 août 2020 à 17H : Basilique de Neuvy-St-Sépulcre
  • Programme : lectures d’extraits du roman « Opus 77 » par l’auteur et oeuvres pour violon seul en résonance avec les textes : Bach, Chostakovitch, Albeniz, Ysaye, Vecsey, Ravel.

Vaison-la-Romaine: « Opus 77 », Dialogue entre un roman et un violon

  • 12 août 2020 à 20H30 : Théâtre du Nymphée

Abbaye de Fontenay (Bourgogne) : « Opus 77 », Dialogue entre un roman et un violon

  • 26 septembre 2020 à 18H : Abbaye de Fontenay.

Crédits photo : Sébastien Leban


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