Gaëlle SOLAL, la musicienne au coeur qui bat la chamade

Gaëlle SOLAL

Rencontre avec Gaëlle SOLAL.

Elle parle vite. Rit beaucoup. Et avoue avoir appelé le directeur du label Eudora, le coeur battant la chamade. C’est pour cela qu’on l’aime. Ouverte et sensible, elle parle à bâtons rompus de son parcours, de ses difficultés et donc de ses victoires.

Gaëlle SOLAL livre au public un disque intitulé TUHU. Le programme construit autour de pièces d’Hector Villa-Lobos est le souvenir d’une aventure multiple et débordante de tout. De la France au Brésil, d’un amour très vite déçu à des dizaines de rencontres amicales éternelles, de la recherche de soi à la rencontre avec soi.

TUHU est disponible depuis le 4 décembre 2020 au format digital. La sortie physique du disque est programmée à la date du 11 décembre 2020.

L’histoire d’un enregistrement est toujours personnelle, Celle de TUHU l’est davantage encore.

Lauréate du très renommé Concours d’Alessandria, Gaëlle SOLAL est une virtuose libre qui a laissé basculer sa vie d’artiste au gré de ses désirs profonds. Depuis son dernier disque, quelques années ont passé. Accaparée par la scène et l’enseignement, l’artiste n’est pourtant pas satisfaite de son parcours discographique. Au point de perdre foi en cet aspect important du métier de musicien professionnel.

Pourtant la rencontre avec Gonzalo NOQUE, directeur du label EUDORA est au coin des réseaux sociaux. Enfin. Quand notre guitariste lui envoie un message pour lui présenter le projet, il lui répond presque de suite. Il connait l’artiste et aime son travail. L’échange entre les deux a lieu en juillet, l’enregistrement a lieu en septembre dans une église espagnole du 13ème siècle, située à une heure de Madrid.

Gaëlle SOLAL avait le coeur qui battait la chamade quand elle a appelé le directeur du label. Elle l’a encore à la veille de l’enregistrement et même à la fin de la première journée. Le directeur du label fait son travail. « A la fin de la première journée, nous avions enregistré six pistes sur les quinze prévues. Gonzalo NOQUE m’encourageait beaucoup, il a su être là et trouver les mots justes. Le soir, je retournais dans le couvent qui m’hébergeait. Sur la table, mes partitions, les analyses et le programme du lendemain. J’étais dans ma bulle pendant ces trois jours incroyables d’enregistrement. C’était important que d’être dans ma bulle. Car il s’agissait aussi pour moi de faire face à mes propres démons, et j’en ai un beau paquet dans mon sac à dos. « 

L’artiste fait donc table rase et trouve la clé pour ouvrir la porte qui se métamorphose en un très beau disque.

Libération brésilienne

Quelques années plus tôt. Gaëlle SOLAL assiste au Festival Villa-Lobos qui se tient à Radio-France. Elle y rencontre Yamandu COSTA, immense guitariste brésilien. La rencontre musicale se complète d’un coup de coeur assez fulgurant pour l’un des musiciens du Festival. Dix jours plus tard, la voici assise dans un avion pour Rio de Janeiro. Deux jours encore, et la voici très déçue. Le musicien n’est pas libre. Et heureusement. La voici plus que libre encore, à savourer les Roda de Choro en compagnie des meilleurs musiciens brésiliens.

Gaëlle SOLAL

Elle raconte. « Là-bas, j’ai rencontré énormément de musiciens dans les Roda de Choro. On y mange, on y boit et on joue de la musique ensemble. Régulièrement, ils me demandaient de jouer de grands pièces classiques. Avec mes sonates et mes concertos, c’était le petit moment de « jukebox » classique. Ma guitare était ma seule carte de visite. Personne ne me demandait qui avaient été mes professeurs ni à quelle famille musicale j’appartenais. »

Un kaléidoscope de la musique de Villa-Lobos

Gaëlle SOLAL rentre du Brésil et décide de vivre pleinement en Europe les enseignements et découvertes faites au Brésil. Elle démissionne donc de son poste de professeur agrégée à Séville. Une décision incomprise. Peu importe ou raison de plus finalement. Elle revient aussi sur les partitions et musiques découvertes. Et aussi sur celles d’Heitor Villa-Lobos qu’elle savoure depuis son plus jeune âge.

Tuhu est né. Tuhu (qui se prononce tou-hou) est le surnom donné à Heitor Villa-Lobos par sa mère. En langue Tupi, TUHU signifie « petite flamme ». Gaëlle SOLAL entretient avec le compositeur une relation longue et nourrie. « J’ai presque un rapport enfantin avec lui. Je le connais depuis mes premiers apprentissages de la guitare et mes toutes premières écoutes au disque. » Jusqu’à ces émissions de télévision que ses parents enregistraient pour elle.

Fallait-il alors envisager une intégrale ? « Enregistrer des intégrales ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse c’est de raconter l’histoire. J’imagine le compositeur assis devant la table de cuisine. J’aime imaginer ce qu’il pouvait avoir en tête et ses conversations avec ceux qui l’ont précédé. Je cherche les liens. Un peu comme ces cueilleurs de la baie d’açaï au Brésil. Il faut grimper sur l’arbre, un petit sac sur le dos. Puis redescendre. C’est toute une aventure que d’aller chercher ces petites baies. Pour moi, la démarche est identique. Je travaille la musique comme si elle était une suite de perles à assembler et à mettre en valeur les unes avec les autres. Je construit un kaléidoscope de la musique de Villa-Lobos. »

Tous autour du « mage brésilien »

TUHU est un disque extrêmement construit. Autour de Villa-Lobos, les compositeurs brésiliens qui l’ont inspiré et ceux qui ont été inspirés par lui. Pixinguinha, Guinga, Ernesto Nazareth, Antonio Carlos Jobim, Egberto Gismonti, Garoto. Les noms ne sont pas toujours connus du grand public. Mais qu’importe. Le talent de Gaëlle SOLAL fait le lien, ouvrant la porte à bien des découvertes sublimes.

Un français est présent également. Dès la première piste du disque. L’interprète et compositeur Roland Dyens vénérait le « mage brésilien », comme il le disait. Au point d’écrire une pièce Hommage à Villa-Lobos, et bien d’autres oeuvres marquantes et profondes. Celui qu’on surnomme « le plus brésilien des français » a aussi été l’un des professeurs les plus chéris par Gaëlle SOLAL. Jolie intuition de l’artiste que de réunir en ce disque TUHU et autour de Villa-Lobos tout ce que la musique sait créer de plus beau. De l’émulation créatrice autour d’un compositeur à la beauté de la transmission entre un professeur et son élève, ce disque TUHU est né dans l’esprit d’une musicienne dont le coeur battait la chamade. Et comme on la comprend. Il y avait beaucoup de choses à dire. Mais ce n’est pas parce que Gaëlle SOLAL parle vite qu’elle nous a tout dit.

Nous attendrons donc avec impatience le prochain disque, et la suite de l’histoire.

Extrait


Gaëlle SOLAL

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