Brigitte Engerer, La musique creuse le ciel : le livre bonheur

la musique creuse le ciel

Brigitte Engerer, La musique creuse le ciel. Le titre est à la fois simple et complexe. Il révèle l’essence de cette brillante biographie écrite par Nathalie Depadt-Renvoisé. Sous le nom de l’une de nos plus grandes artistes, un vers de Baudelaire. Sous l’apparente simplicité d’un récit des origines et des évènements qui ont marqué la vie d’une très grande pianiste française, la complexité d’un artiste.

Paru chez Buchet Chastel le 8 avril 2021.

La musique creuse le ciel : une biographie brillante

Dans un style limpide et fluide, une biographie qui ne laissera indifférent personne. Pas même ceux qui ne connaitraient pas encore la pianiste Brigitte Engerer. Et pourtant. Dans son avant-propos, l’auteur écrit dès les premières lignes la réalité. « Je n’ai eu l’occasion de la rencontrer qu’une seule fois, le 10 avril 2012 précisément, un peu plus de deux ans avant sa mort, lors d’un concert que nous avions organisé pour les patients dans le centre de cancérologie de Villejuif où je travaille. Elle était déjà très faible à ce moment-là et visiblement consciente que la fin était proche. » Un manque de légitimité apparent, et balayé. Des rencontres avec les amis et la famille de l’artiste, une recension habile des publications font de cette biographie un récit subtile de la vie de l’artiste.

Et puis quelque chose que rien ne pourrait remplacer, pas même des visites en nombre du vivant de l’artiste. Une sensibilité commune et forte entre l’artiste et sa biographe. Une manière de ressentir les choses, y compris la maladie et le cancer. Une manière aussi de vivre la musique. Nathalie Depadt-Renvoisé, est musicienne de formation. Elle est aussi psychologue, spécialisée dans l’accompagnement des patients à travers les approches complémentaires aux soins en oncologie. Et fait la preuve, avec cet ouvrage, de son talent de biographe, éclairé par la richesse de son propre parcours professionnel.

la musique creuse le ciel

Pour comprendre l’âme russe, dira-t-elle, il faut se souvenir du mot de Tolstoï : en art, il faut trois choses : la sincérité, la sincérité et la sincérité. Le sentiment, il faut l’extirper du bout de soi-même.

La musique pour appréhender le monde

Brigitte Engerer c’est un destin divisé et partagé entre trois cultures. Née dans le sud, en Tunisie, l’artiste est française mais son âme est russe. Les années de formation en Russie et l’amour vécu avec le professeur Stanislas Neuhaus sont, en effet, au fondement de sa vie d’artiste. Nathalie Depadt-Renvoisé l’écrit avec justesse : « Brigitte est venue pour apprendre la technique russe à Moscou. Pourtant, ici, dans la classe de Neuhaus, il n’est jamais question de technique mais de musique, d’art, de poésie. Fidèle aux principes dispensés par son père, pour Stanislas Neuhaus, la musique n’est pas une fin en soi mais un moyen d’appréhender le monde dans son ensemble. »

Un monde que l’artiste appréhende parfois avec difficulté. Rien de lisse dans cette carrière longue d’une trentaine d’année, menée entre la Russie et le reste du monde, et ce trac mauvais et noir qui ne la quittera qu’à l’extrême fin de sa vie. Rien de fade non plus. Ni la vie avec les amis pour qui elle cuisine, ni les cadeaux nombreux qu’elle aime offrir, ni les difficultés à mener de front une vie de maman et de soliste internationale. Toujours inconsolable de la mort de son grand amour russe. Et la musique, avec pour seule et unique visée : l’excellence et le progrès.

Un destin magnifiquement et subtilement raconté.

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