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Le cor de postillon, à l’heure des grandes heures de la poste

Le cor de postillon mis à l’honneur par Alice Julien-Laferrière et l’Ensemble Artifices dans un magnifique projet musicologique et éditorial.

Le cor de postillon est l’instrument des grandes heures de la poste. Insolite car oublié, sa sonnerie a retenti sur toutes les routes de France et du Saint-Empire germanique. De petite taille, il a accompagné dans leurs voyages longs et chaotiques les échanges épistolaires transportés en malle-poste et a inspiré les plus grands compositeurs du XVIIIe siècle.

Un ouvrage hybride composé d’un disque, de documents pédagogiques et de vidéos à découvrir impérativement.

Le cor de postillon, voyage dans l’histoire de la poste

« Les souverains avaient naturellement de bonnes raisons de veiller au monopole du cor de postillon. En effet, des droits exceptionnels étaient liés à son utilisation : sa sonnerie forçait toute autre voiture à se ranger pour laisser la place sur les routes souvent mal entretenues. Grâce à lui, les gardes aux frontières laissaient la voie libre sans acquittement des droits de douane. Les portes des villes s’ouvraient même de nuit, les passeurs de rivière devaient transporter gratuitement et avec diligence le courrier sur l’autre rive… Car la poste courante était souvent pressée de livrer son courrier, et les témoignages sur l’incivilité des postillons sont nombreux ! » (Extrait de l’ouvrage Sonne, sonne, cor de postillon !, Editions Seulétoile).

Alice Julien-Laferrière, violoniste baroque et directrice artistique de l’Ensemble Artifices travaille depuis une dizaine d’années sur les relations entre la musique et l’institution de la poste aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle publie aux éditions Seulétoile un ouvrage richement documenté sur le cor de postillon après avoir mené un travail de recherche sur la facture de l’instrument. Afin de pouvoir le jouer et l’enregistrer, il a fallu, en effet, le reconstruire… Afin de pouvoir le faire entendre, il a fallu explorer le répertoire.

Vivaldi, keiser, Endler, Teleman, Jac Nam et les autres

Les titres sont évocateurs. Un concerto o sia il Corneto da Posta de Vivaldi. La Kayserliche Friedens-Post (La Poste impériale de la paix) de Reinhard Kerser. Les postillons de Teleman. Der Raritaeten Mann (Le Montreur de curiosités) de Endler. Voici rassemblés au disque par Alice Julien-Laferrière quelques pièces inspirées par la sonnerie du cor de postillon. Un disque à la fois beau et instructif, qu’on écoute tout en feuilletant les cartes documentées qui accompagne l’enregistrement.

Preuve de l’ampleur du projet, le concerto pour cor de chasse et cor de postillon de l’autrichien Johann Beer ne figure pas dans le disque mais en vidéo sur le site internet de Seulétoile. Dans cette oeuvre rare, le cor de postillon devient, sous la plume de Johann Beer, un instrument soliste et concertant et non plus un simple outil de communication. On note aussi la réalisation exceptionnelle de ce film, permettant de savourer le fait que trompettiste et corniste Jean-François Madeuf alterne sa partie soliste sur les deux instruments, cor de chasse et cor de postillon.

Sonne, sonne, cor de postillon ! est un projet musicologique et éditorial exceptionnel. De la reconstruction de cors de postillons, aux recherches dans le répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles, à la captation de plusieurs vidéos très instructives et bien sûr à l’enregistrement d’un disque de haute qualité, le travail est long et mûri. Un vrai bonheur pour les passionnés d’histoire.

Johann Beer : Concerto pour cor de chasse et cor de postillon

Crédits photographiques : Thierry Debonnaire

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