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Maestrino Mozart : airs d’opéra d’un jeune génie

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Maestrino Mozart : Un programme consacré au très jeune Mozart et au répertoire qu’il a pu écrire entre l’âge de 10 et 16 ans ?

L’idée a éveillé notre curiosité. Voici donc la soprano québécoise Marie-Eve Munger, accompagnée par Les Boréades de Montréal sous la direction de Philippe Bourque dans un disque rempli d’énergie.

Maestrino Mozart : entretien avec la soprano Marie-Eve Munger

Gang Flow : Quelle place ce disque occupe-t-il dans votre discographie ?

Marie-Eve Munger : Une place importante, car c’est mon premier disque récital avec orchestre !  Maestrino Mozart est un projet de passion dans lequel je ne suis pas qu’interprète, mais aussi productrice.  J’ai travaillé pendant plusieurs années pour rechercher et choisir le répertoire, puis en collaboration avec ATMA Classique, le Conseil des Arts du Canada et des musiciens exceptionnels tels que Francis Colpron, directeur des Boréades, Olivier Brault, premier violon et grand ami, de même que le chef Philippe Bourque. C’est un projet que j’ai porté depuis le début, et je suis heureuse de le voir prendre son envol.

Gang Flow : Comment l’idée de ce disque est-elle née ?

Marie-Eve Munger : Un de mes premiers contrats professionnels fut de chanter Costanza dans Il Sogno di Scipione à New York, dans une magnifique production dirigée par Neal Goren et mise en scène par Christopher Alden avec Gotham Chamber Opera.  Je me souviens de ma réaction quand on m’a proposé le rôle, j’étais assez incrédule de me retrouver devant une oeuvre dont je n’avais même jamais entendu parler.

En cherchant un peu par la suite, j’ai découvert que Mozart avait écrit pas moins de 8 opéras avant ses 17 ans, et j’ai eu envie d’en connaître plus, de plonger dans sa jeunesse pour tenter de comprendre comment un des plus grands dramaturges en musique s’est construit.  Cerise sur le sundae, j’ai trouvé dans ce répertoire de jeunesse une musique qui colle tout à fait à ma voix. L’idée d’en faire un disque est venue tout naturellement.

Pourquoi le jeune Mozart ? Pourquoi ce maestrino, alors que tant d’autres œuvres de sa maturité nous émerveillent ? 

Marie-Eve Munger : Pour deux raisons. Parce que personnellement, j’ai toujours eu envie de faire un disque qui contribue à étendre le champ de ce qu’on connaît, et pas seulement une redite des oeuvres qu’on apprécie et qui ont été enregistrées encore et encore, et magnifiquement bien! J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce répertoire.  Je me suis rendue compte qu’on juge souvent le jeune Mozart rétroactivement, à la lumière de Don Giovanni ou Les Noces de Figaro, alors que si on le compare plus justement à ses contemporains plutôt qu’à lui-même 20 ans plus tard, on constate qu’il fait aussi bien, sinon mieux, qu’eux! Ces oeuvres manquent dans le répertoire discographique, et elles méritent d’être entendues.

Mais aussi, parce que j’avais une soif de chanter Mozart et que dans ses opéras de maturité, je suis toujours tombée entre les registres. Je ne suis pas vraiment une soubrette, je ne suis pas encore une Comtesse, et (jusqu’à aujourd’hui!) je n’ai jamais été très confortable avec la Reine de la Nuit. Dans ce répertoire de jeunesse, la vocalité demande autant de virtuosité que de lyrisme, mais sans lourdeur, et c’est là où je me sens bien. 

Gang Flow : Je lis dans le livret que vous êtes passionnée de neurosciences. Ecouter le jeune Mozart se construire fait-il résonance avec vos connaissances et recherches sur les neurosciences ? Une quelconque fascination pour le génie ?

Marie-Eve Munger : C’est vrai que j’ai une certaine fascination pour le génie, mais plus encore, j’ai une fascination pour l’humain en général.  Pour moi, la neuroscience est une des meilleures façons de comprendre comment nous fonctionnons (et il y a encore tant à découvrir!), donc je dévore tous les livres de vulgarisation scientifique que je peux trouver sur le sujet. Mais aussi, je suis moi-même maman, et une des motivations de ce projet vient de voir mon propre fils grandir et se construire.  Bien sûr il n’y a pas de comparaison. Mon fils n’est pas un petit Mozart, mais mon expérience de parent m’a donné envie d’investiguer comment ce jeune garçon s’est formé, à travers la musique et le théâtre, et avec l’aide d’une famille qui a su soutenir son immense talent pour devenir un des plus grands dramaturges en musique que le monde ait connu.  

Ma grande question était surtout, est-ce qu’on peut déjà entendre le Mozart de sa maturité dans ses oeuvres adolescentes. Ma réponse est un oui sans équivoque.  Il est ici jeune, bon élève, et reste dans les règles de l’époque. Mais à 14 ans, il commence déjà à déconstruire la forme pour y insuffler plus de spontanéité et déjà il va plus loin — il réussit à mettre la condition humaine en musique pour nous émouvoir.  Et musicalement, on entend les ébauches de Donna Anna, Pamina, Despina ou Konstanze.  C’est fascinant d’en être témoin, et j’espère que ce disque offrira à l’auditeur une petite fenêtre sur son développement.

Gang Flow : Comment vous êtes-vous approprié le répertoire du disque ?

Marie-Eve Munger : Tout d’abord, j’ai beaucoup lu sur la vie des Mozart à cette époque, leurs longs voyages, le contexte historique de chaque oeuvre, puis je les ai abordées d’un point de vue dramatique. (J’ai la chance d’être mariée à un formidable metteur en scène et dramaturge qui est un super coach).  J’ai ensuite travaillé en collaboration avec Olivier Brault pour le style et l’ornementation, puis il a fallu m’exercer à chanter au diapason historique de 430 hz, (ce qui n’est pas évident après des années de 440 hz ou 442 hz dans la plupart des cas) avec un accompagnement enregistré au piano électrique au bon diapason.  Et quand tout ce travail a été fait, avec le chef Philippe Bourque, nous avons juste essayé de laisser parler la musique !


Au programme de Maestrino Mozart

Il sogno di Scipione, K. 126 (1772; 16 ans)
∙ 1. Aria « Biancheggia in mar lo scoglio » (Costanza)
La finta semplice, K. 51 (1769 ; 13 ans)
∙ 2. Aria « Amoretti che ascosi » (Rosina)
Die Schuldigkeit des ersten Gebots, K. 35 (1767; 11 ans)
∙ 3. Aria « Ein ergrimmter Löwe brüllet » (Barmherzigkeit / La Miséricorde) 
Bastien und Bastienne, K. 50 (1768 ; 12 ans)
∙ 4. Aria « Mein liebster Freund hat mich verlassen » (Bastienne) 
La  finta semplice, K. 51 (1769 ; 13 ans)
∙ 5. Aria « Colla bocca, e non col core » (Rosina)
∙ 6. Recitativo « O temerario Arbace » – Aria « Per quel paterno amplesso », K. 79 (1766 ? ; 10 ans)
Mitridate, rè di Ponto, K. 87 (1770 ; 14 ans)
∙ 7. Aria « Al destin che la minaccia » (Aspasia)
∙ 8. Aria « Nel grave tormento » (Aspasia)
∙ 9. Recitativo « Ah ben ne fui presaga » – Aria « Pallid’ombre » (Aspasia)
Ascanio in Alba, K. 111 (1771 ; 15 ans )
∙ 10. Aria « Dal tuo gentil sembiante » (Fauno)
Lucio Silla, K. 135 (1772 ; 16 ans )
∙ 11. Aria « Fra i pensier più funesti di morte » (Giunia)
∙ 12. Recitativo « In un istante » – Aria « Parto, m’a retto » (Giunia)

Sur instruments d’époque (430 Hz) ∙ Durée totale : [01:04:48] 


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